RDC : « Des prisonniers sont oubliés dans leur prison parce qu’ils ne peuvent payer pour sortir »

RDC : « Des prisonniers sont oubliés dans leur prison parce qu’ils ne peuvent payer pour sortir »

La situation carcérale est catastrophique et la majorité des détenus sont officiellement en détention préventive.

« La situation dans les prisons de la République démocratique du Congo est catastrophique.” Ce constat, c’est Bruno Langhendries, avocat et membre de l’ONG Avocats sans frontières qui le pose. Il rentre d’un séjour en RDC lors duquel il a pu se rendre dans différents établissements pénitentiaires. “Tous les établissements sont vieillots, surpeuplés et la grande majorité des détenus sont des personnes en préventive”, explique-t-il, alors que l’on célèbre, ce 10 décembre, la Journée internationale des droits de l’homme.

En RDC, c’est la prison de Makala, à Kinshasa, qui est pointée du doigt pour sa situation infra-humaine. Le centre pénitentiaire est entré dans l’histoire le 17 mai 2017. Ce jour-là, en pleine nuit, un commando avait attaqué la prison pour libérer Ne Mwanda Nsemi, 71 ans, le fondateur d’une secte politico-religeuse aux contours indéfinissables. Il avait suffi de quelques kalachnikovs et de barres de fer pour venir à bout de la sécurité très approximative de la prison, officiellement gardée par un bataillon de la police d’intervention rapide de près de 1 000 hommes. En réalité, en ce jour férié (date anniversaire de la chute du maréchal Mobutu en 1997), ils sont à peine une soixantaine à garder les lieux.
Ne Mwanda Nsemi tirera sa révérence sur le siège arrière d’une “mobylette”, suivi par près de 5 000 détenus. Du jamais-vu.+
“À Makala, aujourd’hui, il y a approximativement 8 500 détenus, poursuit Bruno Langhendries. Pour pouvoir visiter les lieux, il n’y a pas de gardiens, ce sont des détenus qui gèrent et il m’a été impossible de tout voir. Je n’ai pu aller au-delà d’un certain niveau pour des raisons de sécurité mais aussi parce qu’on ne veut pas nous montrer ce qu’il s’y passe.”
Sans argent, pas de libération
L’avocat met en exergue un système qui “arrête mais ne juge pas. 75 pour cent des détenus sont en préventive. Pour sortir, il faut payer et le montant déboursé n’est jamais celui qui rentre dans les caisses de l’État. Ceux qui ne peuvent pas payer restent en prison. Certains peuvent ainsi rester des années derrière les barreaux sans être jugés. Ils sont oubliés.”
Le portrait que l’avocat dresse des prisons est cauchemardesque. Pas de nourriture (“le peu de nourriture ‘officielle’ qui entre, ils préfèrent ne pas y toucher”), une promiscuité absolue (“il peut y avoir plus de 200 personnes dans une cellule de 100 m²”), une situation sanitaire inhumaine (“Une toilette pour une centaine de détenus. Certains vivent dans ces excréments”) et la violence quotidienne (“des prisonniers sont réduits en esclaves. Certains ne se souviennent plus de leur nom, à force d’avoir été battu”).
Face à cet enfer, Avocats sans frontière veut mener le combat pour tenter d’améliorer la situation. “On tente d’organiser un cadre de concertations avec les magistrats. On veut les sensibiliser. On prend aussi de nombreux dossiers qu’on envoie au conseil de la magistrature. On tente encore d’expliquer aux détenus enfermés sans jugement qu’ils peuvent attaquer l’État ; ce n’est pas simple parce qu’ils ont peur. Mais on ne peut pas rester bras croisés face à ce cauchemar. Il faut pousser les autorités à réagir et il faut tenter de trouver des solutions structurelles, si on veut vraiment tenter de trouver une piste de solution durable”, conclut Bruno Langhendries.

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