Au Varia, les Grands Lacs dialoguent avec les Mille collines

Au Varia, les Grands Lacs dialoguent avec les Mille collines

Du 29/11 au 13/12, le Théâtre Varia à Bruxelles explore la mémoire du génocide des Tutsis et le présent avec l’événement « RwandAfrica » imaginé en collaboration avec la comédienne Carole Karemera. Plusieurs de ces spectacles mêlent des artistes du Burundi, de RDC, du Rwanda et même d’au-delà de la zone des Grands Lacs.

En une seule nuit noire, tous les lacs de la région se sont vidés, menaçant les champs et les hommes de s’assécher. Comment rendre la vie à cette terre désolée ? Après la stupeur, les habitants tentent de faire revenir l’harmonie autour d’eux. Suivant leur mobilisation, le spectacle Les Enfants d’Amazi est viscéralement lié au destin rwandais mais aussi aux terres en souffrance de la région des Grands Lacs (RDCongo et Burundi). Au-delà même de la thématique de l’eau, symbole de vie, le spectacle unit des artistes venus d’horizons multiples. Ils y slaloment entre les « watertanks », emblèmes d’une région où chaque goutte compte.

Mélange de cultures et de langues

Créée en atelier par des artistes venus du Burundi, du Kenya, de RDC et du Rwanda, encadrés par une équipe venue de l’île de La Réunion et de Belgique (Théâtre du Papyrus), Les Enfants d’Amazi est la troisième création à destination du jeune public née à l’Ishyo Arts Centre de Kigali, cofondé par l’actrice et metteure en scène Carole Karemera.

Destiné aux enfants dès 6 ans, le spectacle est joué en français, kinyarwanda, kiswahili, kirundi et anglais. Une façon de relier les identités multiples qui peuplent le Rwanda d’hier et d’aujourd’hui, de réduire le fossé entre les êtres pour réveiller l’imaginaire et l’espoir.

« C’est un spectacle qui encourage aussi la francophilie et l’apprentissage des langues en général, souligne Carole Karemera . Car les enfants voient les autres rire et se disent : si j’ai aimé alors que je n’ai pas tout compris, j’aurais encore plus apprécié si j’avais compris toutes les phrases. »

Ce spectacle qui marie la danse, le chant et le conte est au cœur de l’événement RwandAfrica proposé au Théâtre Varia du 29 novembre au 13 décembre (cf. ci-contre).

« L’idée remonte à l’année dernière. Carole Karemera a proposé à la directrice artistique du Théâtre Varia de commémorer les 25 ans du génocide en mêlant spectacles pour adultes et spectacles pour enfants. » Une première pour le Varia qui mène régulièrement les deux types d’événements mais jamais de front.

« C’est en Afrique qu’il y a le plus d’enfants, pourquoi ne crée-t-on pas pour eux ? »

Puisque le génocide des Tutsis a laissé des milliers d’orphelins et que ses ombres traversent encore la société rwandaise aujourd’hui, il a semblé important, voire même « urgent », de ne plus séparer les adultes des enfants, si ce n’est peut-être dans la façon de s’adresser à eux.

Le point de départ du spectacle Les Enfants d’Amazi est le même que celui du Petit peuple de la brume créé par le Théâtre du Papyrus. « C’est un spectacle qui m’avait éblouie lorsque je l’ai découvert à Huy. Cela faisait des années que je voulais les inviter à venir jouer au Rwanda mais ils ont des agendas de ministre », confie la comédienne formée en Belgique.

Du manque est née l’étincelle : l’idée de créer un spectacle adapté au public rwandais et africain en creusant son quotidien. « C’est en Afrique qu’il y a le plus d’enfants dans le monde et on ne crée pas pour eux, pourquoi ? Comment s’adresser à eux, que leur dire de l’état du monde aujourd’hui ? On a beaucoup échangé par groupe, en s’interrogeant et en s’observant mutuellement d’un territoire à l’autre. »

« Façonner un projet qui nous ressemble »

Conçu en atelier avec de jeunes scénographes, le projet s’est étalé sur deux ans et a impliqué des artistes de toute la région des Grands Lacs qui venaient régulièrement passer deux semaines à Kigali pour façonner ce projet commun. « Nous voulions les aider à trouver leur propre chemin de création ; c’est un processus long mais qui porte ses fruits et a créé une vraie famille. » Improvisations, rencontres, échanges sur le patrimoine culturel commun, « discussions sur la réalité vécue par les enfants dans nos régions, hier et aujourd’hui. Ils ont élaboré des tas de maquettes avec Christine Flasschoen. Petit à petit, on a resserré les différentes propositions. »

« On s’est notamment posé la question : pourquoi notre jeunesse ne se met-elle pas plus souvent en colère ? Ce n’est pas du fatalisme ou de la résilience, seulement. Au Rwanda, le mot colère n’existe pas, on dit qu’on ‘prend sur soi’. On a travaillé sur cette réalité. Voir comment cela résonne avec notre tissu culturel commun », précise Carole Karemera. En libérant la parole et les souvenirs, le théâtre permet à chacun de se réapproprier son histoire.

Karin Tshidimba

Agenda RwandAfrica du 29/11 au 13/12

L’événement RwandAfrica débute ce 29/11 avec deux monuments Rwanda 94 (le film), récit fleuve du génocide, suivi de La Cantate de Bisesero (les 29 et 30/11).

We call it love, le huis-clos où Felwine Sarr fait dialoguer une agricultrice et un jeune bourreau est à voir durant 4 jours. Sur base de cette histoire vraie, le spectacle questionne les concepts de justice, de pardon et de réconciliation (du 3 au 6/12).

Le Petit Peuple de la brume (4 ans) et Les Enfants d’Amazi attendent les enfants dès 6 ans et leurs parents (les 4 et 7/12).

Africa Night, nuit de danse, de lectures, de musiques, de poésie, de palabres et de fête avec le public (le 7/12, dès 18h).

Pinocchio le Kikirga, spectacle burkinabé (dès 6 ans) conçu en collaboration avec le Théâtre des 4 mains est à voir les 11 et 13/12.

Rens.  et réservations: 02.640.35.50 et en ligne sur le site du Varia.

Photos: Orianne Lopes (« Les enfants d’Amazi ») et Jean-Louis Fernandez (« We call it Love »)

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