RDC: les Nations unies en étau entre les tueries et la colère des civils

RDC: les Nations unies en étau entre les tueries et la colère des civils

Les Nations unies, qui ont pour mission de protéger les civils, sont la cible de la colère des populations dans l’est de la République démocratique du Congo, qui accusent les Casques bleus de passivité face aux massacres à répétition.

Au moins 19 personnes ont encore été tuées dans la nuit de mardi à mercredi près de Beni, dans la province du Nord-Kivu.

Au total 99 personnes ont été massacrées depuis le 5 novembre dans des attaques attribuées au groupe armé d’origine ougandaise des ADF, d’après le Groupe d’études sur le Congo (GEC) de l’université de New York.

Il s’agit de représailles contre les civils à des opérations militaires de l’armée dans la région, d’après les experts.

Ces massacres ont suscité la colère des habitants de Beni contre les Casques bleus présents dans la région (16.000 au total en RDC). Ils les accusent d’assister « passivement » aux tueries.

Une base de la Monusco a été saccagée lundi à Beni par des jeunes en colère. Sept manifestants ont été tués depuis samedi.

Mercredi, l’ONU a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la mort d’un jeune Congolais dans un face à face avec des Casques bleus malawites mardi à Beni.

« Ils doivent partir. La Monusco ne sert à rien », a lancé un étudiant en droit, Junior Mastaki, lors d’une nouvelle manifestation anti-ONU à Goma mercredi.

« On demande à la population de ne pas se tromper d’ennemis », répond la Monusco.

La Monusco « comprend la colère et la frustration de la population », déclare sa cheffe, l’Algérienne Leïla Zerrougui.

Mme Zerrougui ajoute que « s’attaquer aux installations de la Mission (onusienne) et à celles des autorités locales ne fait qu’affaiblir la lutte menée » contre les ADF.

Présente depuis vingt ans en RDC, l’ONU est dans une position difficile, prise entre la colère de la population, et les choix souverains des autorités congolaises.

L’armée congolaise a dans un premier temps lancé des opérations unilatérales contre les ADF le 30 octobre, sans la force onusienne.

Le président congolais Félix Tshisekedi a finalement annoncé lundi des opérations militaires « conjointes » avec les Casques bleus pour rétablir la paix et la sécurité dans la région de Beni.

Depuis plusieurs mois, des observateurs s’interrogeaient sur le rôle des Casques bleus face aux ADF.

Ils mettent en cause l’efficacité de la Brigade d’intervention (FIB en anglais) composée de Casques bleus d’Afrique du Sud, du Malawi et de la Tanzanie à Beni.

La FIB dispose d’un mandat plus offensif que le reste de la mission onusienne pour traquer les ADF.

La FIB « ne fait pas son travail », selon un observateur.

Ces derniers jours, les Nations unies auraient dû alerter « publiquement » des risques de représailles contre les civils du fait des opérations militaires congolaises, ajoute cet observateur.

Début septembre, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait déclaré qu’il serait « suicidaire » d’abandonner la RDC, au terme d’une visite de trois jours à Goma, dans la région de Beni touchée par l’épidémie d’Ebola, et à Kinshasa.

A Kinshasa, il avait rencontré le nouveau président de la République Félix Tshisekedi, bien mieux disposé envers la Monusco que son prédécesseur Joseph Kabila, qui voulait son départ dès 2020.

« Nous avons connu des succès malgré tout en RDC », a affirmé le porte-parole de la Monusco mercredi devant la presse congolaise. « Il y a deux ou trois ans, il y avait un tiers du territoire du pays qui connaissait la violence armée. Aujourd’hui on est à 10% ».

Près de 340 soldats de la paix sont morts en RDC en 20 ans, d’après l’ONU. Sept Casques bleus avaient été tués dans des offensives contre les ADF en novembre 2018. Une quinzaine avaient été tués dans leur base un an auparavant dans une attaque attribuée aux ADF.​

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