Sylvestre Ilunga parle de l’implication des services congolais dans l’assassinat de Zaïda Catalan

Sylvestre Ilunga parle de l’implication des services congolais dans l’assassinat de Zaïda Catalan

Par Slim Allagui, Correspondant en Europe du Nord

Le Premier ministre congolais Sylvestre Ilunga n’a pas nié que les services de sécurité de la République démocratique du Congo (RDC) ont pu être impliqués dans l’assassinat des deux experts de l’ONU, la Suédoise Zaïda Catalan et l’Américain Michael Sharp en mars 2017 dans la province du Kasaï.
Le chef du gouvernement congolais a fait cette révélation lors de son entretien la semaine dernière à Kinshasa avec le ministre suédois de la Coopération internationale Peter Eriksson.
M. Eriksson a confié lundi sur la chaîne TV du grand quotidien suédois Aftonbladet “avoir eu une conversation ouverte au sujet de ces crimes non élucidés avec le dirigeant congolais. Nous lui avons exprimé le mécontentement de la Suède sur cette affaireEt il a admis lui-même qu’elle pouvait avoir des liens avec les services de sécurité de son pays ».
“Ces assassinats non résolus demeurent une blessure ouverte pour la Suède. Leurs auteurs doivent être poursuivis en justice et nous l’avons réitéré au Premier ministre”, a souligné M. Eriksson.

Corruption
Lors de cette première visite d’un ministre suédois en RDC depuis ces assassinats, le dirigeant congolais a “concédé qu’il n’avait pas de proposition pour trouver une solution, ce qui rend le processus plus difficile, d’autant que la corruption constitue un grand problème dans le système judiciaire congolais”.
Néanmoins, le royaume scandinave, en dépit de sa frustration, ne veut pas geler les 680 millions de couronnes versés cette année à la RDC. “Ce n’est pas un moyen de pression que nous privilégions”, explique le ministre suédois, estimant que “l’ONU a davantage de possibilités de faire pression sur ce pays pour amener les coupables devant la justice.”
Le ministre était interrogé à cette occasion par le journaliste d’Aftonbladet Staffan Lindberg auteur d’un livre publié en octobre “Le meurtre de Zaïda Catalan”.
Dans l’enquête pour son ouvrage, le reporter a été “en contact avec un haut responsable congolais qui avait des contacts étroits avec Zaïda Catalan avant son assassinat”.
“Cette source m’a indiqué que deux généraux congolais qui relevaient directement de l’ex-président Joseph Kabila ont ordonné ces meurtres”, écrit-il.
“L’un des deux généraux travaillait au moment de ces meurtres pour la police secrète tandis que l’autre est toujours actif dans les services de renseignements militaires”, souligne-t-il.
“Ces deux militaires de haut rang sont réputés », dit-il, « pour avoir commis de graves violations des droits de l’homme pendant plusieurs années” .
“L’assassinat (de Zaïda Catalan) était une affaire d’Etat. Et les Nations Unies devaient comprendre qu’ils ne devaient pas s’immiscer dans les affaires intérieures du Congo”, explique cette source dans le livre.

Stylo enregistreur secret

“Un livre-enquête à la recherche de la vérité”, explique Staffan Lindberg, un des premiers journalistes étrangers à s’être rendus sur place juste après le meurtre de Zaïda Catalan. Il a “rapidement constaté que de nombreux faits sur cet assassinat avaient été passés sous silence », il a “voulu chercher la vérité en voyageant sur les traces de Zaïda”, découvrant “des faits complètement nouveaux en cartographiant ses activités au cours des dernières semaines avant sa mort ».
Au cours de son enquête, lors de ses trois déplacements en RDC, il constate que “les enquêteurs de l’ONU et la police suédoise ont oublié un détail important: Zaida Catalán a utilisé un stylo enregistreur secret pour rassembler des preuves contre un homme politique ayant des liens étroits avec le régime.”
“Zaïda, qui était une grande militante des droits de l’homme, travaillait pour produire des preuves contre cet homme, chef d’une milice privée qui avait violé 40 petites filles”. Son plan était d’introduire un infiltré équipé de ce stylo enregistreur au sein des milices. “Sur les enregistrements, on entend l’infiltré parler aux chefs de milices leur demandant Êtes-vous vraiment capables d’assassiner quelqu’un?”. On y entend aussi les miliciens “se vanter de tous les crimes qu’ils ont commis(…) Cela montre à quel point Zaïda était prête à aller jusqu’au bout pour mettre fin à la corruption dans le pays”, selon Staffan Lindberg.
“Elle était obsédée par la condamnation de ce politicien, une obsession qui a signé son arrêt de mort”, pense-t-il.
Ce stylo, remis par l’infiltré à un employé de l’ONU après l’enlèvement de Zaïda, le 12 mars, s’est retrouvé dans les affaires personnelles de l’experte des Nations unies envoyées, après sa mort, à sa mère en Suède. Staffan Lindberg a pu rencontrer la cette maman et a réussi à retrouver le stylo, qui avait échappé au regard des policiers, y trouvant onze fichiers audio.
Le journaliste a aussi retrouvé en Belgique, après une année de recherches, l’infiltré en question, qui avait disparu et que la rumeur donnait pour mort.
“C’était la seule personne qui pouvait en toute confiance en dire plus sur le contenu et ce qui avait été enregistré dans ces fichiers”, dit-il.
“Beaucoup de choses indiquent que ce stylo est l’une des raisons pour lesquelles Zaïda a été enlevée et assassinée. Le régime avait peur d’elle et n’aimait pas qu’elle tente de dénoncer la corruption et les violations des lois auxquelles la population était exposée”, assure l’auteur du livre.
“Elle est allée beaucoup plus loin que les autres, approfondissant ses recherches et ses enquêtes plus que quiconque”, dit-il.
“Elle voulait changer à tout prix la capacité des hommes politiques congolais à commettre des violations en toute impunité. Mais le régime la considérait comme dangereuse et finit par l’assassiner. Je suis convaincu de cela”, assure Staffan Lindberg.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos