Emmanuel Botalatala, maître congolais du récup’art, en visite à Bruxelles

Emmanuel Botalatala, maître congolais du récup’art, en visite à Bruxelles

Dans son documentaire «Le ministre des poubelles » Quentin Noirfalisse dresse le portrait d’un artiste congolais unique mêlant art de la récupération, messages politiques et conscientisation du public. Il sera durant tout le mois de juin en Belgique.

« Je n’ai pas choisi l’art, c’est l’art qui habite en moi. » L’histoire d’Emmanuel Botalatala est celle d’un passionné. Car il faut de la passion pour supporter les difficultés quotidiennes : manque d’espace pour créer et stocker ses oeuvres, matériaux trop chers, absence de reconnaissance et de débouchés pour ses créations, intempéries… Chaque jour que Dieu fait, il s’installe pourtant dans sa parcelle, à même le sol, et coupe, assemble, peint, colle. Des tableaux didactiques qui dénoncent ou interrogent : processus électoral en panne, violences faites aux femmes, trafic d’armes, exactions. Emmanuel Botalatala conçoit l’art comme une interpellation afin de promouvoir la paix, la bonne gouvernance, la justice ou l’égalité hommes-femmes.

« L’homme, lui-même, est l’auteur de la destruction de son environnement. Les ambitions démesurées de l’homme nous ont conduit jusqu’ici. L’Onu, les institutions européennes, l’Union africaine: tout est à recycler. » Pour illustrer cette sagesse, qu’il voudrait populaire, l’artiste collecte chaque jour des objets abandonnés qu’il détourne et recycle dans ses tableaux. Atteint de poliomyélite à l’âge de 5 ans, on le voit arpenter la ville tel un échassier en quête d’une chaussure oubliée, de rebuts, de feuilles, de fil de fer ou de branches qui composeront ses tableaux en relief.

« L’homme moderne jette tout. Le XXIe siècle est caractérisé par le rejet. Tout est poubelle. » Agé de 64 ans, celui que l’on surnomme le ministre des poubelles a réalisé ses premiers tableaux en 1979-1980. S’il a fréquenté l’université de Kinshasa, il n’a jamais fait les Beaux-Arts. Et il a abandonné son travail dans une banque pour se consacrer à son art en autodidacte. Un engagement entamé avec des tableaux réalisés pour des classes de Kisangani.

Seul compte le message à porter

Sa créativité et sa vigilance sont aiguillonnées par les soucis que partagent ses concitoyens : le spectre lointain des élections, le trafic de minerais et des armes, les exactions et les massacres à l’Est du pays. Malgré l’âpreté de la vie, le coût du contreplaqué (triplex) ou de la peinture, le ministre des poubelles continue inlassablement sa tâche et harangue la foule dès qu’il en a l’occasion. Si le public commente son travail, ses œuvres se vendent peu ou mal. Heureusement, le ministre peut compter sur ses fidèles collaborateurs : sa femme Marguerite, dotée d’une patience infinie, et son bras droit Richi qui, malgré les soucis et le peu de moyens, suit la trajectoire de son maître.

« Ce n’est pas l’argent qui te rend grand, c’est le message que tu transmets aux autres ». Pour être sûr de le pérenniser, le ministre rêve d’ouvrir un centre culturel où montrer son travail et où les jeunes pourront venir se former. Mais, comme toujours, le manque d’argent vient freiner ses nobles ambitions.

En découvrant ce portrait touchant, on pense forcément au plasticien urbaniste Kingelez et à ses maquettes grandioses et utopiques. Ici, il n’est pas question d’une hypothétique ville du futur mais bien de dénoncer les dérives et le marasme de Kinshasa comme le font les jeunes activistes du Congo. Quentin Noirfalisse tisse, en cinéma direct et sans voix off, un bel hommage à tous ceux qui puisent, dans l’art, la force d’imaginer une autre société.

Rencontres, expositions et agenda

Le ministre Botalatala sera présent aux côtés du réalisateur Quentin Noirfalisse pour l’avant-première organisée le 6 juin à 19h15 au cinéma Vendôme à Bruxelles. Suivront une soirée spéciale au Quai 10 de Charleroi le 8 juin et une autre au Cinéscope de Louvain-la-Neuve le 9 juin.

Le 11 juin, l’artiste créera un oeuvre en direct dans le cadre du Festival SupervliegSupermouche à Forest. Il sera ensuite présent pour une autre soirée spéciale au Plaza Art à Mons le 15 juin et au Festiwol à Woluwe-Saint-Pierre le 17 juin.

Du 6 juin au 7 juillet, certaines de ses oeuvres seront exposées au Kuumba à Ixelles et d’autres seront visibles à partir du 10 juin à la Galerie Trampoline à Anvers.

Enfin, durant tout le mois de juin, Emmanuel Botalatala animera des ateliers artistiques dans des écoles primaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Rens. : www.leministredespoubelles.be

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