RDC: les ADF resserrent leur étau sur les civils, au moins 60 morts en trois semaines

RDC: les ADF resserrent leur étau sur les civils, au moins 60 morts en trois semaines

Les milices ADF, qui sèment la terreur dans l’est de la République démocratique du Congo, ont resserré d’un cran leur étau sur les civils en visant pour la première fois depuis un an la ville de Beni lors de deux nouveaux massacres qui ont fait au moins dix morts.

Présentes sur le terrain, à la recherche des victimes, des sources de la société civile parlent, elles, d’au moins 21 morts dans ces deux attaques simultanées mardi soir sur Beni-ville et près d’Oïcha, 30 km plus au nord.

Au total, au moins 60 personnes ont été massacrées, souvent à l’arme blanche, dans la région de Beni (Nord-Kivu) depuis l’annonce fin octobre-début novembre d’opérations militaires de l’armée congolaise contre les bases des Forces démocratiques alliées (ADF).

Après des mois d’accalmie, ces tueries à répétition apparaissent comme des représailles menées par les ADF pour briser le soutien des civils aux Forces armées de la RDC (FARDC), d’après les observateurs.

Mardi soir, au moins sept personnes ont été tuées dans la ville même de Beni, attaquée pour la première fois par les ADF depuis octobre 2018, selon l’armée citée par la radio onusienne Okapi et la société civile.

Une dizaine de civils auraient également été kidnappés, d’après la société civile.

Beni-ville est en théorie la base arrière des militaires dans la zone. Les habitants reprochaient d’ailleurs ces derniers jours à l’armée de concentrer ses opérations autour de Beni, en laissant de côté le « triangle de la mort » Oïcha-Mbau-Eringeti plus au nord.

Ville de quelque 100.000 habitants, carrefour commercial, épicentre de l’actuelle épidémie d’Ebola, Beni est aussi le siège d’une base de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) à l’aéroport, à 10 km au nord du centre-ville.

L’armée congolaise a lancé ses opérations sans demander le renfort de la force onusienne, qui lui fournit des renseignements et procède à des évacuations sanitaires.

Entre trois et 14 civils ont été massacrés plus au nord à Oïcha, selon ces mêmes sources.

« Une église catholique et 14 maisons ont été incendiées », affirme un représentant de la société civile à Oïcha, Teddy Kataliko.

D’une rare intensité d’après les témoins, les attaques mardi soir sur des quartiers de Beni et d’Oïcha ont provoqué la fuite des populations.

« Ca tire à l’arme lourde et légère sans répit. Je ne sais pas si on va en sortir vivant », affirmait dans la nuit à l’AFP un religieux catholique de Beni.

Au petit matin mercredi, des manifestants ont protesté contre ces nouveaux massacres, en prenant pour cible entre autres la Monusco. Les personnels onusiens à Beni ont été confinés à domicile.

Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a affirmé sur Twitter que douze de ses militants « ont été arrêtés à Oïcha où nous avons organisé une marche pacifique pour exiger des mesures urgentes de sécurisation de la population en attendant la défaite totale des ADF ».

Groupe armé parmi les plus violents dans l’est de la RDC, les ADF sont accusés du massacre d’un millier de civils dans le territoire de Beni depuis octobre 2014.

A l’origine, les ADF sont des rebelles ougandais musulmans hostiles au président Yoweri Museveni, qui se sont repliés dans l’est de l’actuelle RDC en 1995.

Un quart de siècle plus tard, ils n’attaquent plus les frontières voisines de l’Ouganda, vivent en autarcie dans la jungle et ne revendiquent aucun de leurs massacres en RDC. Leur recrutement s’est étendu à d’autres nationalités.

Le groupe jihadiste Etat islamique a revendiqué début 2019 quelques attaques des ADF dans la région de Beni, sans preuve formelle d’une quelconque affiliation.

La société civile dénonce « une certaine inefficacité des services de renseignements. Depuis vendredi la population signale la présence d’hommes armés près d’Oïcha », dénonce Teddy Kataliko.

« La population a peur que les ADF se soient infiltrés dans les villes de la région, Beni, Oïcha, Mavivi… », ajoute-t-il. « Vous sentez qu’ils sont dans la ville. Ils se déguisent. On ne sait plus qui est civil, qui est policier ».​

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