Zimbabwe: deux ans après la chute de Mugabe le pays n’a pas avancé d’un iota

Zimbabwe: deux ans après la chute de Mugabe le pays n’a pas avancé d’un iota

Par Marie-France Cros.

Il y a deux ans, le 21 novembre 2017, le président zimbabwéen Robert Mugabe signait sa démission sur pression de l’armée et de son parti, la Zanu-Pf, alors que le parlement venait d’entamer les débats sur sa révocation, appuyée par l’opposition.

Quinze jours plus tôt, le nonagénaire avait eu le tort de démettre son vice-Président Emmerson Mnangagwa, qui avait toujours soigné ses relations avec les chefs de l’armée. Le 15 novembre, celle-ci encercle le palais et place Mugabe aux arrêts domicilaires. Le 24 novembre, Mnangagwa devenait chef de l’Etat et promettait de mettre fin à la crise économique et de relancer les investissements. Deux ans plus tard, cependant, le pays n’a pas avancé d’un iota.

Réforme agraire et guerre au Congo

La crise économique majeure qui frappe le pays avait été provoquée par la mauvaise gestion de Robert Mugabe. Lorsque, au tournant du siècle, ses mauvais résultats accroissent la popularité du parti d’opposition MDC (Mouvement démocratique pour le changement), le Président tente de ressusciter sa popularité de héros de l’indépendance par une “réforme agraire” consistant à confisquer les terres des fermiers blancs qui nourrissent le pays. Une partie de celles-ci aboutit dans les mains de fidèles de Mugabe (dont sa femme Grace); d’autres parviennent effectivement à des Noirs sans terre, mais rien n’est prévu pour les aider dans ces nouvelles responsabilités. Toutes périclitent, plongeant le “grenier à blé” de l’Afrique australe dans la famine.

La crise a été aggravée par la décision de lancer l’armée zimbabwéenne dans la guerre au Congo-Kinshasa, pour soutenir les Kabila: si les chefs militaires et Emmerson Mnangagwa s’y sont enrichis, l’aventure a coûté un bras à l’Etat zimbabwéen. Le pays a plongé dans une crise dantesque, avec des taux d’inflation annuelle atteignant jusqu’à 79 milliards de pour cent, des pénuries multiples, un exode de travailleurs.

Un léger mieux, puis la rechute

Si l’arrivée à la Présidence d’Emmerson Mnangagwa s’est d’abord traduite par un léger mieux, le PIB est aujourd’hui un peu plus bas qu’il y a deux ans et le chomage reste à 90% de la population active.

Désireux de “revenir à la normale”, le gouvernement a supprimé en juin dernier l’autorisation d’utiliser d’autres monnaies que le dollar zimbabwéen (abandonné depuis avril 2009): essentiellement le dollar américain ou le rand sud-africain. Dès août, l’inflation a bondi à 300%/an (contre 5% fin 2017).

Grèves

Depuis la dure répression (17 morts) de manifestants qui protestaient contre la hausse (presque trois fois) du prix de l’essence en janvier dernier,  les mécontents hésitent à descendre dans la rue. Mais l’inflation et le retour au dollar zimbabwéen diminuent chaque mois la valeur des salaires et pensions, poussant des fonctionnaires à faire grève. Les médecins des hopitaux publics, payés 500 US dollars il y a deux ans, ne touchent ainsi plus que l’équivalent de quelque 130 US dollars aujourd’hui; ils sont en grève depuis septembre malgré un ordre de justice leur enjoignant de reprendre le travail et le renvoi de plusieurs dizaines d’entre eux.

En octobre, le prix de l’électricité a été multiplié par quatre, bien qu’il n’y ait du courant que six heures par jour, après une hausse similaire en août. Le prix du ticket de bus a doublé. Quelque 300.000 fonctionnaires ont annoncé à la mi-octobre qu’ils gagnaient trop peu pour se transporter vers leur lieu de travail.

La faute aux Occidentaux

Pour répondre à ce mécontentement, le gouvernement a organisé une manifestation, conduite par l’épouse du chef de l’Etat, Auxilia, pour protester contre les sanctions occidentales imposées à Harare depuis les débuts de la crise. Comme Mugabe, Emmerson Mnangagwa les rend responsables de la crise. Ces sanctions visent la famille Mugabe et une centaine de ses collaborateurs – dont M. Mnangagwa – ainsi que des entreprises d’Etat.

Le 12 novembre dernier, pour tenter de résoudre la pénurie de liquidités provoquée par sa politique monétaire, le chef de l’Etat a fait injecter dans les circuits financiers de nouvelles coupures pour 31 millions de dollars zimbabwéens (1,9 millions de US dollars). Mais les retraits d’argent restent limités à 100 zim dollars par jour et 300 par semaine. Beaucoup craignent que la mesure relance l’inflation.

Comme si cela ne suffisait pas, le pays doit aussi affronter une forte sécheresse.

Entre les erreurs du gouvernement et les manquements de la nature, d’ici à la fin de l’année la moitié de la population sera en situation d’insécurité alimentaire, selon les prévisions de l’Onu.

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