RDC: Tshisekedi et l’armée défiés par les tueries des rebelles ADF à Beni

RDC: Tshisekedi et l’armée défiés par les tueries des rebelles ADF à Beni

C’est le conflit le plus violent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), menaçant la stabilité régionale: une quarantaine de civils ont été massacrés par des miliciens en dix jours dans la région de Beni, en représailles aux opérations de l’armée contre des rebelles ougandais. De l’Ouganda à la France, le président congolais Félix Tshisekedi a passé la semaine à chercher du renfort pour pacifier la partie orientale de la RDC.

Une région minière, déstabilisée depuis 25 ans par une multitude de petits groupes armés congolais et quelques rébellions plus importantes venues des pays voisins (Ouganda, Rwanda, Burundi).

Avant même le retour du président au pays, quatorze civils ont encore été tués dans la nuit de vendredi à samedi, non loin de la frontière de l’Ouganda.

Dans le territoire de Beni, les habitants et les autorités dénoncent les milices des Forces démocratiques alliées (ADF), responsables présumés du massacre de plus de 1.000 civils dans la région depuis octobre 2014.

« C’est l’un des groupes armés les plus meurtriers des Kivu », écrivait en novembre 2018 le Groupe des experts du Congo (GEC). Tout en précisant que de « nombreux acteurs, et notamment le gouvernement congolais » ont pu aussi participer aux massacres de Beni, à l’époque de l’ancien régime du président Joseph Kabila.

Vendredi soir, les assaillants « ont fait incursion à Mbau-centre où ils ont tué à l’arme blanche huit personnes, puis ils ont tué à un km de là six Pygmées », a déclaré à l’AFP Donat Kibwana, administrateur de territoire de Béni.

Groupe mystérieux, replié dans la jungle épaisse du parc des Virunga, les ADF ont mené au moins quatre assauts contre des civils depuis l’annonce le 30 octobre d’une offensive de l’armée congolaise contre leur base.

Bilan: au moins 36 civils tués, d’après une source du baromètre sécuritaire du Kivu, co-animé par le Groupe des experts du Congo (GEC) et l’ONG Human Rights Watch (HRW).

« Les ADF veulent dissuader la population locale de coopérer avec l’armée », ajoute cette source. Les miliciens auraient ainsi visé des « pisteurs » qui peuvent renseigner l’armée congolaise dans les forêts au pied du massif du Rowenzori, le fief des ADF.

Samedi, l’armée congolaise a annoncé avoir perdu quatre soldats, soit au total « 10 militaires tombés depuis le début des opérations », selon son porte-parole dans la région, le major Mak Hazukai.

« Il y a 40 blessés dont des officiers supérieurs. Dans les rangs de l’ennemi, il y a d’énormes pertes », a-t-il ajouté.

L’armée congolaise a lancé ses opérations sans la force de la mission de l’ONU en RDC (Monusco), qui dispose dans la région d’une brigade d’intervention.

« Notre mission consiste à travailler en coordination avec l’armée congolaise pour que la population ne subisse pas des dommages collatéraux (des opérations militaire), ou soit exposée aux représailles (des miliciens) », a indiqué une porte-parole de la Monusco à l’AFP.

Pour sa part, la population reproche à l’armée de concentrer ses opérations dans les environs de Beni-ville, et non vers le « triangle de la mort » Oicha-Mbau-Eringeti, plus au nord près de la frontière ougandaise.

Les Forces armées de la RDC (FARDC, l’armée gouvernementale) a toutefois annoncé avoir pris le contrôle total dimanche du camp Chochota, l’un des grands bastions des rebelles des ADF, dans le territoire de Beni (Nord-Kivu).

Les ADF sont présents en RDC depuis 1995. A l’origine des rebelles musulmans luttant contre le régime du président ougandais Yoweri Museveni, ils se seraient depuis en partie intégrés aux populations locales et auraient aussi recruté des miliciens des pays voisins swahilophones, comme la Tanzanie.

Les djihadistes du groupe État islamique ont revendiqué certaines de leurs dernières attaques depuis le début de l’année, sans preuve irréfutable d’une affiliation des ADF à l’EI.

Le président français Emmanuel Macron a promis cette semaine un soutien militaire à la RDC « contre les groupes armés qui déstabilisent le pays » et qui « pour certains, pactisent avec Daech », l’acronyme arabe de l’EI.

Il a évoqué une coopération « en matière de renseignement », sans entrer dans les détails, en recevant à Paris le président Tshisekedi.

Avant son déplacement à Paris, le président Tshisekedi avait rencontré le président Museveni près de Kampala. Les deux chefs d’Etat ont convenu de travailler ensemble, « y compris avec d’autres pays de la région », comme le Rwanda, « pour s’attaquer au problème des groupes armés, en particulier dans l’est de la RDC ».

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit renouveler le 20 décembre le mandat de la Monusco en RDC pour l’année 2020. « Abandonner la RDC serait à mon avis suicidaire », avait déclaré à RFI le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à l’issue d’une visite à Goma, Beni et Kinshasa début septembre.​

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