RDC : Reportage à Nkamba, le coeur des kimbanguistes

RDC : Reportage à Nkamba, le coeur des kimbanguistes

Située dans la province du Kongo central, Nkamba, la ville natale de Simon Kibangui a accueilli plus de 4000 personnes, le 25 mai dernier, pour un grand pélerinage.

Adam et Eve étaient noirs et ont été créés à Nkamba: pour les kimbanguistes, c’est indiscutable. A une centaine de kilomètres de Kinshasa, cette ville est le berceau du kimbanguisme, une religion née au XIXe siècle dans un Congo alors belge et qui revendique aujourd’hui 22 millions de fidèles.
D’une voix douce, dans son petit bureau proche de l’immense temple installé au sommet de la colline sacrée de Nkamba, le révérend Mario Swalezi Nlandu explique au visiteur étranger les fondements doctrinaux de cette religion.
« Vous êtes un chercheur », et on ne vient pas par hasard à Nkamba, « un jour vous vous souviendrez de votre passage ici et vous comprendrez », prédit ce responsable de l’évangélisation de l’Église kimbanguiste.
Assis à sa table de travail, il expose le message à vocation universelle révélé par la prédication de Simon Kimbangu, « envoyé spécial de Jésus-Christ sur la Terre », qui eut un bref ministère public en 1921 avant de passer 30 ans en prison et d’y finir ses jours pour incitation à la révolte.
« Le 5 avril 1921 à minuit, Jésus-Christ dit: désormais Nkamba ne sera plus appelée Nkamba, c’est maintenant la Nouvelle Jérusalem. C’est le message de Jésus à Simon Kimbangu », dit M. Swalezi.
Une kimbanguiste en pleine prière matinale; le 24 mai à Nkamba/AFP/JOHN WESSELS
Le livre saint des kimbanguistes est la Bible mais celle-ci occupe un rôle secondaire dans le magistère, où priment les enseignements du prophète et de ses descendants qui lui ont succédé à la tête de l’Église.
Leurs paroles « sont sacrées », explique le révérend: Simon Kimbangu est la première incarnation de l’Esprit-Saint de la Trinité chrétienne; et son petit-fils, Simon Kimbangu Kiangani, lui aussi réincarnation de l’Esprit-Saint, est l’actuel « chef spirituel et représentant légal » de l’Eglise kimbanguiste.
A Nkamba, les fidèles viennent ainsi se recueillir devant les mausolées de Simon Kimbangu et de ses proches, ainsi qu’au temple blanc et vert à deux clochers bâti dans les années 1970, aux dimensions imposantes (100 mètres sur 50).
Tapis vert
Simon Kimbangu Kiangani Nkamba (C), « l’esprit saint » pour ses fidèles/ AFP/ JOHN WESSELS
Le règlement les oblige, tout comme les visiteurs, à déambuler dans la ville pieds nus ou en chaussettes. Il s’applique aussi au « chef spirituel » de l’Eglise, mais lui ne foule pas le sol: il marche sur un tapis vert déroulé sur son passage et rapidement replié derrière lui. Les croyants s’adressent à lui à genoux.
Le kimbanguisme reprend de nombreux éléments du christianisme importé par les missionnaires, mais en l’agrémentant de spécificités locales. Au pied de la butte, une piscine d’eau boueuse « bénie » sert ainsi aux purifications, comme « la piscine de Siloë » à Jérusalem au temps de Jésus. Réputée miraculeuse, l’eau qui s’écoule de la source naturelle « est ordinaire » sitôt qu’elle quitte l’enceinte sacrée, explique une responsable.
Le temple, les mausolées, la piscine: le révérend Swalezi y voit autant de « symboles de souveraineté » témoignant que « le Christ a transféré son royaume », de Jérusalem à Nkamba, qu’« il a changé d’adresse ».
En 1921, la courte prédication de Simon Kimbangu a rapidement séduit au sein de la population colonisée, prête à entendre un message d’émancipation de l’Homme noir. Mais que les autorités coloniales belges ont prohibé: les premiers kimbanguistes ont été persécutés et leur culte n’a été autorisé qu’en 1959, l’année ayant précédé l’indépendance du Congo.
Aujourd’hui, environ 10% de la population en RDC serait kimbanguiste, et la religion a essaimé ailleurs en Afrique et jusqu’en Europe via la diaspora congolaise.
Reste que « pour tout kimbanguiste, la priorité c’est Nkamba », déclare à l’AFP Benjamin Bena, architecte d’intérieur pour les monuments de la ville sainte, et aucun sacrifice n’est trop grand pour hâter l’agrandissement de la ville.
Habituellement, M. Bena partage son temps entre Nkamba et Kinshasa, où il supervise quelques chantiers et où l’attendent sa femme et ses six enfants. « Mais actuellement Papa [le chef spirituel, NDLR] ne veut pas que je rentre [à Kinshasa], parce qu’il y a des travaux plus importants ici », dit-il à propos du musée devant être inauguré en mars 2018.
Concours de dons
Dans ses allocutions retransmises par la Ratelki, la Radio télévision kimbanguiste, Simon Kimbangu Kiangani, appelle ses ouailles à venir participer aux « travaux de Nkamba » et à se montrer généreux pour les financer.
Constamment, les fidèles sont incités à donner. A Nkamba, des « nsinsani » (concours de dons) sont organisés chaque jour, pendant lesquels pèlerins et habitants – largement démunis comme la quasi-totalité de la population congolaise – viennent déposer leur offrande dans des bassines en dansant au rythme enlevé d’une fanfare.
Comme M. Bena, Fils Kimani, 47 ans, commis aux travaux agricole, est resté plus longtemps que prévu: « Je suis venu pour un an… et ça fait 17 ans que je suis ici », raconte-t-il, sans se plaindre.
Ces cas sont loin d’être isolés. « Quand on vous choisit […] vous assumez », témoigne un journaliste de la Ratelki. « Au début, ça peut faire peur et cela demande des sacrifices, mais petit à petit, on s’habitue. »
Il flotte sur Nkamba une douceur inhabituelle au Congo. Pas un cri (c’est interdit dans l’enceinte de la « ville sainte »), mais de la musique et des chants polyphoniques – la musique revêtant une importance particulière dans cette religion. Les journalistes étrangers sont reçus à bras ouverts, on veille à ce qu’ils ne manquent de rien.
Avec, toujours, l’espoir que les visites déboucheront sur des conversions.
La musique joue un rôle important dans cette religion./AFP/JOHN WESSELS

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