RDCongo: appel à l’aide de l’hôpital de Minembwe

RDCongo: appel à l’aide de l’hôpital de Minembwe

 
Par  Marie-France Cros.
 
Dans un entretien avec notre consoeur de Bukavu  « La Prunelle », le responsable de l’hôpital général de Minembwe lance un cri d’alarme après plusieurs mois de conflit armé dans la région. Ce conflit, loin de se calmer, pourrait encore s’aggraver.

 
Selon le Dr René Kinyungu, les déplacements de populations provoqués par les attaques armées dans la région de Fizi et de l’Itombwe, au sud du Sud-Kivu, ont entraîné une forte augmentation des maladies diarrhéiques et des infections respiratoires, en raison de la vulnérabilité des déplacés face au climat montagneux des hauts-plateaux, ainsi qu’à leur affaiblissement en raison du manque de nourriture. Le médecin demande une aide des autorités sanitaires et des ONG internationales.
 
Nationalité contestée
 
 
Il y a à cela deux raisons. La première est que contester la nationalité congolaise aux Tutsis permet d’espérer pouvoir s’approprier leurs terres. A partir des années 90, s’y ajoute le fait que certains Tutsis congolais se sont enrôlés  dans le Front patriotique rwandais (FPR, dominé  par les Tutsis et aujourd’hui au pouvoir à Kigali) lorsqu’il combattait le régime Habyarimana. L’appui donné ensuite par Kigali à la rébellion du RCD  contre Laurent Kabila (1998), puis les opérations de l’armée rwandaise au Kivu, au cours du nouveau siècle, ont achevé de cristalliser la rancœur contre les Tutsis congolais. Celle-ci est, en outre, jusqu’à aujourd’hui, attisée par des politiciens congolais à la recherche d’une popularité facile, qui se présentent comme les défenseurs des « autochtones » contre tous les rwandophones.
 
Faire de Minembwe une commune
 
Dans les hauts-plateaux de l’Itombwe vivent des Tutsis – nommés aujourd’hui Banyamulenge – souvent éleveurs. Dans cette zone, seul le groupement administratif de Bijombo compte un chef de cette ethnie. En 1999, la rébellion RCD, qui administrait les deux Kivus, a créé le territoire (zone administrative) de Minembwe; cette décision est devenue caduque lorque le Congo a été réunifié. En 2013, un décret du Premier ministre de l’époque, Augustin Matata Ponyo, en a fait une commune, en accord avec la politique de décentralisation de Kinshasa.
 
Diverses pétitions ont alors demandé l’annulation de la mesure, que les rivaux des Banyamulenge assurent être le prélude à une « balkanisation du Congo » et à l’annexion des Kivus par le Rwanda. Un nouveau décret, de l’ex-Premier ministre Bruno Tshibala, a réitéré cette mesure en novembre 2018, mesure qui concernait aussi sept autres localités. Le fait que le ministre de la Décentralisation d’alors, confirmé à ce poste dans le gouvernement actuel, Azarias Ruberwa, soit issu de la communauté des Banyamulenge et soit un ancien ministre du RCD ajoute aux suspicions de « complot » de ceux qui vouent les Tutsis aux gémonies.
 
Revoilà le général « Mundos »
 
Depuis mars dernier, des violences opposent d’une part divers groupes armés « maï maï » issus des ethnies Bembe, Fulero et Nyindu, à, d’autre part, deux milices des Banyamulenge, Gumino et Twirwaneho. Ces derniers se présentent comme des groupes d’autodéfense contre les vols de bétail par les Yakutumbas, un de ces groupes maï maï qui allient grand banditisme et revendications politiques. Les groupes armés rivaux se présentent comme des milices d’autodéfense contre les attaques des Banyamulenge.
Les deux disent vrai: l’Etat congolais ne remplit pas sa tâche de défense de l’ordre. L’armée congolaise, présente, se rend elle-même coupable de nombreuses exactions, prenant rarement la peine de voler au secours de citoyens menacés. Depuis septembre 2018, le commandant militaire de la région est le général Charles Akili Muhindo, dit « Mundos », un proche de Joseph Kabila. Le général « Mundos » fait depuis février 2018 l’objet de sanctions de l’Onu en tant que « menace pour la paix, la sécurité et la stabilité en RDC » et, depuis mai 2017, de l’Union européenne, en raison de son rôle présumé dans les massacres de Beni (Nord-Kivu, où il était alors commandant de la région militaire) attribués aux rebelles ougandais des ADF.
 
Groupes armés étrangers
 
La situation s’est aggravée en raison de la présence de groupes armés étrangers. Longtemps, les FDLR (extrémistes hutus issus des génocidaires rwandais; sèment la terreur au Kivu depuis 1994 et leur défaite face au FPR) ont tenu le haut du pavé dans certaines zones du Sud-Kivu, allant jusqu’à rebatiser des villages de noms de localités du Rwanda qu’ils avaient dû fuir. Depuis 2015 s’y sont ajoutés des rebelles burundais (Red-Tabara, Forebu, FPB, FNL) puis des rebelles tutsis rwandais (RNC), qui ont pris parti dans la querelle locale: le RNC appuie les Banyamulenge; les Burundais soutiennent les milices congolaises rivales des Banyamulenge.
 
En décembre 2018 et janvier 2019, quelque 5000 personnes (soldats et familles) d’un groupe armé dissident des FDLR, le CNRD, se sont installées sur les hauts-plateaux de Kalehe (nord du Sud-Kivu), où les ont rejoints d’autres Hutus en armes; ils y exploiteraient des minerais. Mais la population locale craint qu’ils se mêlent au conflit en appuyant le RNC sur base de leur haine commune du président rwandais Paul Kagame, même si les premiers sont hutus, les seconds tutsis. Dans la même logique, Bujumbura – qu’une vive querelle oppose à Kigali –  appuierait ce camp. Des CNRD auraient été localisés à 45 km de Minembwe le mois dernier.
 
D’ores et déjà, depuis 2016, plus de 100 villages ont été dévastés (dont plus de la moitié seraient Banyamulenge), 200.000 personnes sont déplacées; 30.000 vaches ont été razziées; une soixantaine d’écoles et une vingtaine de centres de santé ont été détruits.

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