Smockey, rappeur et activiste burkinabè, invité du Festival des Libertés

Smockey, rappeur et activiste burkinabè, invité du Festival des Libertés

Vendredi, le Festival des Libertés propose le portrait intimiste de Smockey, rappeur et activiste burkinabè qui lutte au sein du mouvement Balai Citoyen, à l’origine de la chute du président Blaise Compaore, après 27 ans de dictature. Un documentaire à ne pas rater, signé Katy Léna Ndiaye, projeté à 20h30 au Théâtre National (extrait)

« Certains disent que la montagne a accouché d’une souris, mais je considère tout ceci comme une transition. On a la possibilité de poursuivre le processus de transformation du Burkina avec les élections en 2020. Norbert Zongo, Joseph Ki-Zerbo, Thomas Sankara, il faut poursuivre dans cette voie. Ce que Sankara a rêvé, il faut que cela se réalise. Comme il le disait, il faut « Oser inventer l’avenir ». »

Depuis ce jour du 31 octobre 2014 où le sieur Blaise Compaoré est tombé de son piédestal, certains ont baissé les bras, d’autres s’en sont lavé les mains, mais pas Smockey. Fidèle à lui-même et à ses convictions, le musicien activiste, né Serge Bambara, est resté indéfectiblement attaché au mouvement Balai Citoyen qui a permis que soit chassé le président du Burkina Faso au terme de 27 années de pouvoir sans partage.

Ce combat de longue haleine, cette mobilisation de tous les instants, un film les raconte à présent. Baptisé On a le temps pour nous, le documentaire qui suit le rappeur dans sa mobilisation sans faille sera projeté ce vendredi au Théâtre National à Bruxelles dans le cadre du Festival des Libertés. Après une première présentation en février lors du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco).

« Je me sentais irrésistiblement attirée par ce thème, explique la réalisatrice Katy Léna Ndiaye. Ce soulèvement du peuple burkinabè, je ne m’y attendais pas à cause de la chape de plomb instaurée par Compaore. Nous sommes les enfants des Indépendances. Qu’avons-nous fait de cet héritage ? Qui sont ces artistes engagés ? Quel est leur moteur ? Ce sont les questions qui m’ont guidée dans la réalisation du film. »

Visage des émissions Reflets Sud et Afrique plurielle diffusées à la RTBF et sur TV5 Monde jusqu’à la fin 2018, la journaliste de formation s’est plongée avec passion dans ce projet porté au départ par l’ONG belge Africalia, coproductrice avec les Burkinabés de Semfilms.

« Au départ, nous n’avons pas discuté politique mais musique avec Smockey et je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup de points communs entre nous à cause de l’héritage musical reçu de nos parents. » Elle, enfant du Sénégal et lui du pays des Hommes Intègres. « Au fil du temps, nous avons trouvé une façon de travailler ensemble. » Car il a fallu apprivoiser le fauve des scènes, le rappeur foncièrement militant, volontiers taciturne une fois rentré dans les coulisses.

« Je voulais m’inscrire dans ses pas : le filmer sur scène car il y est comme sur un ring de boxe, je voulais le suivre aussi dans son engagement d’activiste. »

La culture comme arme de combat et clé du changement

Pour y parvenir, Katy Léna Ndiaye a composé son film par petites touches au fil de deux années, de sept voyages et de différents temps de tournage. Un documentaire qui n’entre pas dans la sphère privée de l’artiste mais explore les versants de sa vie publique : mobilisations, concerts, travail en studio, manifestations. Smockey y apparaît tel qu’en lui-même : sincère, déterminé, courageux et terriblement attachant. Avec cette pointe d’humour et d’ironie qui a forgé le surnom du rappeur. Et cette intransigeance qui est tout à son honneur. Car son engagement ne se limite pas à la sphère politique comme le prouve sa chanson Laisse tomber la lame  dénonçant l’excision, dangereuse mutilation génitale, qui touche trois millions de femmes africaines chaque année.

Le film explore le parcours de Smockey, son engagement, ses combats, mais aussi ses influences poétiques et politiques, de Franz Fanon à Thomas Sankara. Un artiste du hip hop pour lequel l’engagement n’est pas une posture, un vain mot et qui rappelle que « la culture précède le changement car elle est le changement même ». Un mantra qui est bien plus qu’un slogan, le reflet de son art de vivre. Regrettant publiquement que certains intellectuels africains se rendent complices des pouvoirs en place, Smockey n’a de cesse d’inciter ses concitoyens à s’engager en faveur de ce changement.
Proche du combat des Sénégalais de Y en a marre et des Congolais de Filimbi et de La Lucha, le mouvement Balai Citoyen a prouvé que le temps a bien été leur meilleur allié contre les dictateurs crocodiles…

Karin Tshidimba

On a le temps pour nous, vendredi 25 octobre à 20h30, Théâtre National, Bruxelles.
Réservations sur le site de Festival des Libertés

Photos: LBO Prod.

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