RDC : Kabila ne veut pas de Katumbi, la crédibilité de Tshisekedi en jeu

RDC : Kabila ne veut pas de Katumbi, la crédibilité de Tshisekedi en jeu

« Dès qu’on évoque son nom, Kabila perd le sommeil. Il n’en dort pas! ». C’est ainsi que Félix Tshisekedi, pas encore Président de la RDCongo, parlait de Moïse Katumbi à l’époque où il vivait une véritable lune de miel avec l’ancien gouverneur du Katanga.

Et pour le châtelain de Kingakati, le cauchemar est loin d’être fini. Après avoir dû accepter de revoir fondamentalement ses plans après une élection présidentielle cahotique, l’autorité morale du FCC doit faire face aujourd’hui à la question du porte-parole de l’opposition.

En effet, au terme de la loi congolaise, dans un délai de 30 jours après l’investiture du gouvernement, l’opposition est invitée à s’organiser afin de désigner son chef de file. La loi précise que les députés et les sénateurs de l’opposition choisissent par consensus leur chef de file. A défaut, ils sont invités à organiser un vote. Cette procédure implique évidemment les présidents de l’Assemblée nationale (Jeanine Mabunda) et du Sénat (Alexis Thambwe), deux kabilistes convaincus.

RDC : Tshisekedi est pris dans les mailles de la Kabilie

Et c’est là où le bât blesse. Fort de 69 députés sur les 98 que comptent l’opposition, Moïse Katumbi est le candidat désigné pour occuper les fonctions de chef de file de l’opposition. Ce statut lui confère non seulement une reconnaissance, mais également une visibilité et une immunité bien utile par les temps qui courent.

Tout au long de ses deux mandats, l’ancien Président Joseph Kabila avait soigneusement évité de reconnaître Etienne Tshisekedi comme le chef de file de l’opposition. Il avait multiplié les obstacles à la recherche d’un consensus au sein de l’opposition. S’appuyant tantôt sur le MLC, tantôt sur la Dynamique de l’opposition, l’ex-Président avait réussi à rendre l’atmosphère irrespirable au sein de son opposition politique. Le sphynx de Limete n’a donc jamais pu obtenir ce statut officiel qui lui aurait notamment permis de disposer d’un bureau, d’un cabinet, de gardes,… comme patron de l’Opposition.

Fort de l’expérience du passé, Félix Tshisekedi a déclaré qu’il était favorable à la désignation du porte-parole de l’opposition. En quête de crédibiliser son pouvoir, le nouveau président du Congo veut éviter le procès en dictature que d’aucuns se prêtent à lui intenter s’il venait à imiter son prédécesseur.

Or, pour Kabila, il n’est pas question de laisser Moïse Katumbi occuper le devant de la scène politique et incarner l’alternative à la coalition au pouvoir. Le mot d’ordre a donc été transmis par le chef des FCC qui a appelé ses partisans à tout mettre en oeuvre pour que ni Katumbi, ni Bemba n’occupe jamais cette fonction. Le choix d’un opposant plus accommodant issu de l’opposition parlementaire serait la meilleure option. Toutefois, la procédure écrite dans la loi semble avoir verrouillé le système. Diviser les trois leaders de l’opposition paraît d’autant plus difficile que Martin Fayulu ne se reconnaît pas comme opposant dès lors qu’il revendique être le président élu du Congo, et le tandem Katumbi/Bemba semble actuellement bien fonctionner.

RDC: une cohabitation de plus en plus difficile pour l’UDPS

Le dossier devrait être bouclé dans les prochains jours. Dans un contexte marqué par l’affaire de détournement des 15 millions de dollars, le crash de l’avion présidentiel et l’hostilité de plus en plus palpable de la base de l’UDPS vis-à-vis de l’accord CACH-FCC. 

La désignation du chef de file de l’opposition annonce l’entrée en scène d’un nouvel acteur dans la pièce qui se joue au sein de la classe politique congolaise. Un nouvel acte risque de se tenir dans les tout prochains jours. Tous les observateurs vont observer la façon dont Félix Tshisekedi s’affranchira du poids de son partenaire pour donner à son pouvoir les allures d’une vraie démocratie.

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