L’agitation politique meurtrière se poursuit en Guinée

L’agitation politique meurtrière se poursuit en Guinée

De nouveaux heurts ont agité Conakry mardi et fait au moins un mort de plus au deuxième jour d’une mobilisation meurtrière contre un éventuel troisième mandat du président Alphé Condé, ont rapporté un correspondant de l’AFP, des témoins et des proches.

Des centaines de jeunes très mobiles ont érigé des barricades, brûlé des pneus et lancé des pierres sur les policiers et gendarmes à nouveau massivement déployés dans différents quartiers périphériques de la capitale et fiefs de l’opposition. Les forces de l’ordre ont riposté par des tirs de lacrymogènes.

Un jeune de 25 ans, Abdoulaye Timbo Sow, atteint par balle dans la matinée dans le quartier de Wanidara, a succombé à ses blessures à l’hôpital, a indiqué son père, Mamadou Aliou Sow, à l’AFP. « Il a rendu l’âme sans attendre que sa maman ne le voie vivant une dernière fois », a-t-il dit.

Sa mort porte à six le nombre de décès par balles rapportés par les médecins et les proches depuis lundi. Le gouvernement assure que les forces de sécurité ne font pas usage d’armes à feu et ont confirmé seulement la mort d’un habitant de Conakry et d’un gendarme.

La capitale et plusieurs villes de Guinée sont la proie depuis lundi de tensions qui alarment l’ONU, inquiète d’une escalade dans un pays pauvre malgré ses importantes ressources minières, à la stabilité incertaine, coutumier des protestations et des répressions extrêmement violentes.

Des dizaines de manifestants ont été blessés par balles en deux jours et des dizaines d’opposants arrêtés depuis samedi, à commencer par les responsables du collectif menant le mouvement, selon l’opposition, les médecins et les proches.

Aucune sortie de crise ne paraît en vue, d’autant moins si le président Condé venait à confirmer, à 81 ans, le projet qui lui est prêté et qui sème la discorde: faire réviser la Constitution pour se présenter à sa propre succession à l’expiration de son deuxième mandat en octobre 2020. L’actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats.

Sans dévoiler explicitement ses intentions, M. Condé a lancé en septembre des consultations sur la Constitution. Il s’exprimera « le moment venu », dit la présidence. Ses desseins ne font aucun doute pour ses adversaires, qui dénoncent les consultations comme une « mascarade ».

– Le choix de Condé –

La confrontation nouée au cours des derniers mois s’est durcie la semaine passée quand le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) a résolu de passer à l’action pour faire barrage au troisième mandat.

Cette coalition de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile n’a pas seulement appelé à manifester pacifiquement, elle prêche aussi l’arrêt de toute activité dans le secteur économiquement stratégique mines, dans les banques ou dans les stations essence.

Si la situation est redevenue relativement normale dans certains quartiers de Conakry mardi, des marchés sont restés fermés et une partie de l’activité économique est demeurée paralysée. L’Union syndicale des travailleurs de Guinée, influente centrale, a incité les salariés du public et du privé à rester chez eux en invoquant les « risques majeurs » qu’ils encourent.

Malgré l’arrestation de ses responsables et le sang versé, le FNDC a appelé sur les réseaux sociaux à continuer à manifester « jusqu’à l’abandon total du projet de troisième mandat ».

Le gouvernement affirme que la mobilisation est illégale, faute de déclaration officielle préalable. Il justifie l’intervention des forces de l’ordre et les multiples arrestations d’opposants par les atteintes à la sécurité publique.

En réalité, estiment les défenseurs des droits humains, la répression prolonge le durcissement du régime observé depuis des mois en même temps que se cristallisait l’idée d’un troisième mandat.

Ancien opposant historique ayant connu la prison, porteur d’espoir quand il est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française, le président Condé est face à un choix, disent-ils: laisser s’exprimer la contestation ou la réprimer et encourir l’accusation de renouer avec les décennies passées de gouvernance autoritaire.

Il risque d’aller au-devant d’une nouvelle situation difficile mercredi, jour où pourraient avoir lieu les premiers procès d’opposants liés à la contestation.

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