A Zapaï, les réfugiés centrafricains coupés des soins par la rivière

A Zapaï, les réfugiés centrafricains coupés des soins par la rivière

Dans l’hôpital de fortune du camp Zapaï, en République démocratique du Congo, les patients centrafricains du Dr Célestin Dodouwamboli attendent sur des lits faits de quelques planches ou à même la terre battue du sol.

Césariennes, hernies, appendicites, toutes les opérations se font sans eau courante, sur une table couverte d’une bâche bleue en guise de bloc opératoire. « Quand j’opère, j’endors les patients avec de la kétamine, quand il y en a… », avoue le chirurgien, qui reconnaît « un nombre élevé de morts ».

Pourtant, à Zémio, ville centrafricaine dont le Dr Dodouwamboli et ses patients sont originaires, du matériel médical plus moderne est disponible. Pour s’y rendre, il suffirait de traverser la rivière Mbomou, qui serpente le long de la frontière entre la Centrafrique et la République démocratique du Congo.

Mais des groupes armés contrôlent la traversée et exigent des prix trop élevés pour les patients du docteur.

Le camp Zapaï a été créé par des Zandés de Zémio, qui sont désormais 30.000 à y habiter, selon l’ONU. Ils ont fui Zémio en 2017, quand les mêmes groupes armés ont instrumentalisé les tensions entre cette ethnie de cultivateurs et les Peuls éleveurs, qui cohabitaient jusque-là.

Des groupes issus de la rébellion séléka, qui avait chassé du pouvoir le président François Bozizé en 2013, comme l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC), prétendent défendre les intérêts des Peuls face aux milices autoproclamées d' »autodéfense » (antibalaka).

Mais après la fuite de la majorité des Zandé, les groupes ex-séléka taxent désormais lourdement tous les habitants de la ville.

Aux maux centrafricains viennent s’ajouter les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui patrouillent le long des axes pour attaquer les convois, enlever les agriculteurs et voler leurs récoltes. Les commerçants n’osent plus venir à Zémio et les cultivateurs n’osent plus quitter la ville.

Ils ne peuvent donc que compter sur les vivres du Programme alimentaire mondial de l’ONU, qui mettent deux mois à arriver par camion de la capitale, Bangui, à 1.000 km de là.

« Ça fait plus de 20 ans que les routes n’ont pas été refaites », confie un chauffeur de l’ONU, adossé à son camion défoncé, qui réclame l’anonymat pour décrire les conditions de transport déplorables: « Le bac d’une des rivières à traverser peut porter seulement 20 tonnes, quand on met le chargement dessus, les enfants sont obligés d’écoper l’eau. On a failli perdre un camion ».

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