Dag Hammarskjöld: Van Risseghem et le Fouga Magister de l’Aviation katangaise intriguent toujours l’ONU

Dag Hammarskjöld: Van Risseghem et le Fouga Magister de l’Aviation katangaise intriguent toujours l’ONU

Le rôle qu’aurait pu jouer l’Aviation katangaise dans la mort du deuxième secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld, intrigue toujours les Nations Unies.

Dans son rapport final, le procureur honoraire tanzanien Mohamed Chande Othman recommande à l’organisation de poursuivre l’enquête. Parmi les éléments qu’il met en avant, figurent les questions qui continuent à se poser sur les agissements du pilote belge Jan Van Risseghem et l’implication du Fouga Magister, petit avion à réaction que détenait l' »Avikat ». Le DC-6 immatriculé SE-BDY et transportant le secrétaire général s’était écrasé dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, près de l’aéroport de Ndola, en Rhodésie du Nord, l’actuelle Zambie. M. Hammarskjöld devait rencontrer le leader sécessionniste du Katanga, Moïse Tshombé, alors que le conflit entre les rebelles katangais et les troupes de l’ONU qui tentaient de briser la sécession faisait rage.

Les circonstances du crash de l’avion restent mystérieuses. Dans un rapport intermédiaire, M. Othman avait estimé qu’il était « plausible » qu’une « attaque ou menace extérieure ait été la cause de l’accident ». « Rien n’autorise à remettre en cause (cette) constatation », conclut-il en juillet.

L’enquête s’est notamment attachée à Jan Van Risseghem, l’un des pilotes du Fouga Magister qui semait la terreur parmi les troupes de l’ONU et les civils. Officiellement, il ne se trouvait pas au Katanga à cette époque mais en Belgique. Jusqu’à sa mort en 2007, il a toujours nié toute implication dans la mort de M. Hammarskjöld. Certains témoins évoquent toutefois sa présence dans la région en septembre 1961. Le 20 septembre, il a ainsi piloté un Dornier 28 -type d’avion qu’a possédé l’Avikat-, vers une destination inconnue avant de rallier le Katanga en provenance de Brazzaville le 21 septembre.

Le rapport fait également état de transmissions radio captées par un agent américain de la NSA, Paul Henry Abram, la nuit du crash. Il dit avoir entendu ou lu des déclarations d’une personne indiquant qu’elle avait touché le DC-6 et que l’appareil s’écrasait. Et il ajoutait que, selon l’officier de quart, un pilote belge surnommé le « Lone Ranger » aux commandes d’un Fouga était l’auteur de la transmission et attendait l’avion d’Hammarskjöld. Le témoignage d’un autre Américain, officier dans la Marine, Charles Southall, va dans le même sens.

« Pris ensemble, les éléments d’information concernant Van Risseghem poussent de plus en plus à chercher à en savoir plus sur sa personne. Étant donné son ascendance, sa parenté et son service au sein des Forces armées britanniques (durant la Deuxième Guerre mondiale, NDLR), ainsi que l’information émanant des États-Unis venue l’identifier comme l’auteur présumé de l’attaque contre le SE-BDY, j’ai sollicité des États membres concernés des renseignements sur Van Risseghem; ceux-ci n’ayant pas répondu à ma demande quant au fond, il y a lieu de veiller à y voir donner suite », indique M. Othman.

Dans ses conclusions, le procureur tanzanien ajoute à propos du pilote belge: « On ne peut pas encore établir avec certitude où se trouvait Van Risseghem dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961. Toutefois, sa présence à Brazzaville, quelques jours après l’accident du SE-BDY, en même temps que plusieurs personnes suspectes, dont des agents de la CIA doit également faire l’objet d’une enquête approfondie ».

Trois pays sont plus particulièrement visés pour leur collaboration insuffisante ou tardive: la Grande Bretagne, les Etats-Unis et l’Afrique du sud.

Le rapport s’attache aussi au type d’avion qui a pu attaquer ou gêner le DC-6. Non seulement le Fouga Magister dont des experts militaires belges ainsi qu’un ancien pilote toujours en vie de l’Avikat, Roger Bracco, ont cependant assuré l’incapacité de faire un vol aller-retour entre Kolwezi, où il était basé, et Ndola. Mais aussi le Dornier 28, avion de transport léger bimoteur.

« De nombreuses sources confirment qu’au moins un DO-28 était présent en septembre 1961 et qu’il opérait sur une aire géographique étendue. De même, il est fait état d’un DO-28 modifié et armé qui opérait la nuit et menait des attaques air-air. Ici aussi, l’analyse permet seulement d’établir qu’il est possible qu’un Dornier ait menacé ou attaqué le SE-BDY mais elle ne suffit pas à étayer l’hypothèse selon laquelle l’attaque contre le SE-BDY aurait été effectivement menée par un Dornier », écrit M. Othman.

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