« Le Père de Nafi », ode à la démocratie, a été sacré Prix Découverte au Fiff à Namur

« Le Père de Nafi », ode à la démocratie, a été sacré Prix Découverte au Fiff à Namur

Le film « Le Père de Nafi » de Mamadou Dia a remporté le prix Découverte dans la section Première oeuvre de fiction lors de la 34e édition du Fiff (Festival international du film francophone) qui vient de s’achever à Namur. Le film pointe la nécessaire vigilance face aux extrémismes, notamment religieux. Rencontre avec son réalisateur.

Dans ce long métrage empreint de pudeur, le réalisateur sénégalais imagine la mainmise d’un groupe fondamentaliste sur une petite ville du Nord du Sénégal. Deux frères, un imam et un candidat à la mairie, se querellent à propos du mariage de leurs enfants respectifs. L’enjeu porte sur le basculement d’une ville dans l’extrémisme religieux car le candidat à la mairie est soutenu par un groupe de fondamentalistes. Face à la promesse de ramener «ordre et prospérité» dans la ville, les fondamentalistes religieux parviendront-ils à rallier les habitants à leur cause et à les détourner de leur imam ?

Déjà doublement récompensé au Festival de Locarno avec le prix du meilleur premier long métrage et le Léopard d’or de la section Cinéastes du présent, le film Baamum Nafi (en VO), présenté à Namur et à Bozar Bruxelles, a remporté le Prix Découverte à Namur. Trois récompenses qui devraient l’aider à accomplir son tour des salles européennes et africaines qui débute à peine. Décerné par UniversCiné Belgique, le prix Découverte assure au film d’être distribué en VoD (vision à la demande) à travers le plat pays.

Né à Matam, une petite ville du Nord du Sénégal, Mamadou Dia a « toujours aimé raconter des histoires ». Fan de cinéma, il a fait ses études à Dakar avant de mettre le cap sur les Etats-Unis pour poursuivre sa formation audiovisuelle à New York. Mais c’est au Sénégal qu’il a choisi de tourner son premier court métrage Samedi Cinéma et son premier long métrage Le Père de Nafi qui vient d’être primé à Namur.

« C’est la volonté de témoigner qui m’a amené au journalisme »

Avant de se lancer dans la réalisation de films, Mamadou Dia a travaillé en tant que reporter (vidéo-journaliste) pour diverses agences: Associated Press et l’Agence France Presse (AFP). Un travail qui lui a permis de voyager à travers le continent africain et couvrir de nombreux sujets: politique, économie, santé, social, etc. « Je pense que le journalisme était un moyen d’arriver au cinéma, même si ce n’était pas conscient ou volontaire. J’ai toujours aimé la force de l’image, et c’est la volonté de témoigner qui m’a amené au journalisme. » Son premier choc, en découvrant Dakar, et ensuite sa découverte de nombreux autres pays d’Afrique l’ont encouragé dans cette voie.

Admirateur d’Abderrahmane Sissako mais aussi du néoréalisme italien, Mamadou Dia aime les histoires ancrées dans les réalités locales. « Je veux bien sûr parler des défis auxquels l’Afrique doit faire face mais aussi de la vie réelle des gens comme vous et moi. La fiction donne plus de liberté. On peut dire les choses comme on les pense. Cela permet de montrer des sujets moins négatifs que ceux suivis par les grands médias : l’Afrique qui monte et change ; les pays démocratiques où les ethnies vivent ensemble en harmonie. Le film permet de faire passer davantage de messages. »

« A Tombouctou, personne n’a vu la catastrophe arriver »

Son scénario lui a été inspiré par ses visites au Mali, avant et après l’invasion de Tombouctou.
«Personne n’a semblé voir venir la catastrophe et c’était la même chose lorsque je terminais mes études à New York et que Donald Trump a été élu. En 2016, tout le monde était sous le choc. A chaque fois, après réflexion, on se rend compte qu’il y a eu des signes que l’on a décidé d’ignorer ou de ne pas voir. Cela doit nous inciter à rester vigilants… Le développement ou la démocratie ne sont jamais acquis. Le Sénégal n’est pas dans cette situation tragique aujourd’hui, mais le Mali ou le Nigeria pensaient-ils que cela leur arriverait ?  Ces pays ne sont pas si différents du nôtre. Je voulais lancer ce débat, c’est à cela que sert le film.» Comme une fable qui doit permettre d’ouvrir la discussion en famille.

Le film Le Père de Nafi interroge aussi certaines traditions très répandues en Afrique comme le mariage arrangé entre des jeunes à peine sortis de l’enfance. Une tradition qui peut entraîner disputes et tensions au sein des familles.
Presque entièrement autoproduit, le long métrage a été soutenu par le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (Fopica) du Sénégal afin d’assurer sa diffusion à travers le pays. Réalisé en langue Pulaar, « très répandue dans toute l’Afrique de l’Ouest, le film pourrait être diffusé sans souci dans de nombreux pays voisins », souligne le cinéaste Mamadou Dia.

Karin Tshidimba

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