De l’exil au pouvoir

De l’exil au pouvoir

Victime d’une tentative de coup d’Etat il y a trois ans, l’ex-Premier ministre du Lesotho Thomas Thabane avait été contraint à l’exil. A la veille d’élections législatives dont il est un des favoris, il raconte sa traversée du désert et ses ambitions retrouvées.
Tom Thabane. AFP PHOTO / GIANLUIGI GUERCIA
En août 2014, des militaires attaquent le quartier général de la police dans la capitale du Lesotho, Maseru. Ils y dérobent des armes et tuent un fonctionnaire, ouvrant un nouveau chapitre de l’histoire politique très mouvementée de ce petit royaume d’un peu plus de deux millions d’habitants.
Persuadé que les mutins en veulent à sa vie, Thomas Thabane fuit alors son pays pour se réfugier sur le territoire de son puissant voisin l’Afrique du Sud.
« C’était la chose la plus indigne qui me soit jamais arrivée, m’enfuir à peine habillé de la Primature avec ma femme », se souvient-il encore aujourd’hui.
En 2015, il revient au Lesotho pour les législatives. Mais, battu, il repart se mettre au vert en Afrique du Sud pour deux ans.
Pour lui, le commandement militaire est la principale source de cette instabilité. « Aucune armée ne peut être au-dessus de l’autorité politique, de ceux qui ont été élus par la majorité. C’est le problème qui m’a poussé vers l’exil », déplore t-il.
Le général Tlali Kamoli, organisateur présumé du putsch manqué de 2014, a été démis de ses fonctions l’an dernier. Thomas Thabane, 77 ans, a alors choisi de rentrer au pays en février dernier, accueilli à Maseru par une marée de partisans.
Stabilité
Le chef du Congrès des Basotho (ABC) ambitionne de reprendre le poste de Premier de ministre après l’élection de samedi, mais il continue à se méfier de l’influence de l’armée et assure toujours craindre pour sa vie.
« Nous allons gagner cette élection si elle est libre et transparente », assure-t-il depuis sa résidence surprotégée de la capitale. « Mais l’armée a ses propres intérêts et, pour l’heure, je ne suis pas leur favori », redoute l’ancien chef du gouvernement.
S’il assure ne pas vouloir prendre sa revanche sur ceux qui ont tenté de le renverser, il ne cache toutefois pas son intention de fusionner l’armée et la police dans un seul et même corps.
« Pour commencer, on n’aurait jamais dû avoir une armée. Quel pays pourrions-nous attaquer avec succès? », lance-t-il.
Le Lesotho est, selon Thomas Thabane, « à la croisée des chemins » après la démission du Premier ministre sortant, Pakalitha Mosisili, mis en minorité au Parlement.
Ce dernier reste son principal rival pour le scrutin de samedi qui, selon toute vraisemblance, risque de déboucher à nouveau sur un fragile gouvernement de coalition.
Pour M. Thabane, seule la stabilité permettra de s’attaquer à la pauvreté, au chômage, à l’épidémie de sida qui frappe 23% de la population ou au manque de services publics qui ronge le Lesotho, l’un des pays les plus pauvres au monde.
Le nouveau gouvernement qui sortira des urnes samedi sera en place pour trois ans, jusqu’aux prochaines législatives.
Thomas Thabane se dit déjà prêt à former une coalition avec Monyane Moleleki, le chef de l’Alliance des démocrates (AD), et même à partager avec lui le poste de chef de gouvernement, avec dix-huit mois chacun à la tête du gouvernement.

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