Justice internationale: la CPI jugera bien un des tortionnaires de Tombouctou

Justice internationale: la CPI jugera bien un des tortionnaires de Tombouctou

 
La Cour pénale internationale (CPI) a, à l’unanimité, décidé lundi de juger pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité (torture, viol, esclavage sexuel, traitements cruels, mariages forcés, persécution, atteintes à la dignité de la personne, condamnations sans jugement préalable), le Malien Al Hassan Ag Abdoul Aziz.

Il s’agit d’un Touareg qui a participé à l’occupation du Nord-Mali par la coalition de groupes djihadistes Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi, constitué d’abord d’Algériens, avant de s’élargir à d’autres), Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao, constitué essentiellement de Mauritaniens) et Ansar Dine (djihadistes touaregs maliens).
 
Instauration d’institutions “illégitimes”
 
D’avril 2012 à janvier 2013, ces groupes ont régné en maîtres au Nord-Mali, avant que leur pouvoir soit évincé par l’armée française, venue à la rescousse de l’armée malienne, en pleine déconfiture.
Dès sa capture par les djihadistes, Tombouctou a dû subir les institutions “illégitimes” de répression et d’imposition de la version de l’islam propagée par Aqmi et Ansar Dine. Al Hassan, membre de cette dernière organisation, appartenait à la “Police islamique” mise en place par les occupants et, selon le procureur de la CPI, la Gambienne Fatou Bensouda, en a “été, de facto, le commissaire incontournable et zélé”.
 
Culture étrangère
 
Le procureur a souligné à quel point la version de l’islam imposée par les occupants était étrangère aux habitants de Tombouctou. Les djihadistes ont ainsi banni des pratiques religieuses anciennes comme le culte des saints ; interdit des célébrations religieuses traditionnelles, les amulettes et les talismans, tout comme les statuettes, les masques et les peintures ; interdit les réunions publiques ; fermé les écoles publiques ; interdit la musique et la danse ; imposé la ségrégation des genres ; interdit aux femmes de porter des bijoux, du maquillage et leur vêtement traditionnel, pour leur imposer le costume intégriste et, notamment, le port de gants, y compris… pour vendre des légumes au marché.
 
Châtiments violents et humiliations
 
Des punitions violentes, et souvent humiliantes, sanctionnaient tout manquement aux nouvelles règles, y compris ceux perpétrés dans les maisons des habitants. Les contrevenants étaient fouettés sur le champ par la “Police islamique”. Parfois, les punitions étaient décrétées par un “Tribunal islamique”, constitué “de manière irrégulière” et qui autorisait la “Police islamique” à recourir à la torture pour obtenir des aveux.
Accusé d’un vol, Dédéou Maiga a ainsi été arrêté par Al Hassan, ligoté sur une chaise et, face à un public important, amputé d’une main à la machette. Lors d’un interrogatoire, Al Hassan a reconnu que ce type de châtiment terrorisait les habitants de Tombouctou qui “n’avaient jamais vu ça” auparavant.
Selon le procureur, Al Hassan, qui était “un personnage clé d’Ansar Dine”, a également organisé la flagellation publique de femmes accusées d’adultère et participé à l’organisation de “mariages de convenance” de jeunes femmes de la ville avec des djihadistes, un type de mariage qui était souvent forcé et évitait aux occupants de se rendre coupables d’”adultère” selon leur loi.
 
“Pas un procès contre l’islam”
 
Le procureur l’accuse d’avoir arrêté, interrogé et participé à la torture de suspects pour leur arracher des confessions ; renvoyé certains cas à un tribunal irrégulier ; participé directement ou indirectement à des châtiments violents.
Le procureur dit pouvoir le prouver par des rapports de police signés par Al Hassan ; des jugements qui ont suivi des enquêtes menées par l’accusé ; des témoignages et images vidéo et des rapports d’experts.
Fatou Bensouda a souligné qu’il “ne s’agissait pas d’un procès contre une religion ou contre l’islam, ni contre un système de pensée ou de droit. C’est, très simplement, une affaire criminelle”.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos