Le spleen des militaires burundais

Le spleen des militaires burundais

Par Marie-France Cros.

Le 14 septembre dernier, 13 militaires burundais ont été tués en Somalie. Selon les informations obtenues par La Libre Afrique.be, les islamistes Shebabs auraient attaqué un général somalien qui était escorté par un détachement burundais. De manière extraordinaire, seuls les Etats-Unis ont présenté leurs condoléances aux familles des soldats tombés en mission, pas le gouvernement ni l’armée du Burundi. Lors d’une précédente attaque contre le contingent burundais en Somalie, c’est l’Union africaine qui avait présenté ses condoléances, pas la mère-patrie…

L’affaire a provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux et dans les casernes burundaises. Selon certaines informations, en effet, l’armée burundaise aurait subi plusieurs revers en Somalie ces derniers temps et nombreuses seraient les voix militaires qui en rejettent la faute sur le chef du contingent burundais en Somalie, le général de brigade Richard Banyankimbona.

Pas fait d’études

Ce dernier fait partie du groupe (majoritaire) de généraux issus de l’ex-rébellion hutue CNDD-FDD. Comme nombre de ces derniers, Richard Banyankimbona ne dispose que d’une très courte formation scolaire (deux années post-primaires) et militaire (rapide mise à jour lors du processus de paix qui a fait entrer d’ex-rebelles dans l’armée professionnelle dominée par les Tutsis à l’époque).

Sous le régime militaire tutsi qui a prévalu jusqu’en 2003, beaucoup de jeunes Hutus étaient privés d’études. Le 15 juin 1995, une centaine d’étudiants hutus ont été massacrés par leurs condisciples tutsis; ceux-ci vengeaient leurs familles décimées par des groupes du parti hutu Frodebu, en représailles à l’assassinat en 1993, lors d’un putsch militaire tutsi, du premier président hutu du pays, Melchior Ndadaye. Ce massacre de 1995 avait poussé de nombreuses familles hutues à retirer leur enfant des études, par peur d’un nouveau génocide des Hutus comme celui de 1972; beaucoup de ces jeunes déscolarisés ont rejoint la rébellion CNDD-FDD, aujourd’hui au pouvoir.

Purges contre les intellectuels

Dans les rouages de l’Etat et au sein du CNDD-FDD, ces ex-combattants ont imposé leur pouvoir – au prix de quelques purges au détriment des « intellectuels » du parti – et n’entendent pas le lâcher. Cela explique que l’un d’eux commande le contingent burundais en Somalie, pourvoyeur de devises dont le régime a désespérement besoin.

Ce dernier « pioche » en effet dans les soldes payées par l’Union africaine pour ces soldats. de plus, par économie, il ne leur fournit pas le matériel dont ils ont besoin. Il y a peu, les militaires burundais en Somalie étaient ainsi privés de blindés. Gitega vient d’en acheter 20 à l’Egypte, dont la moitié auraient été payés par un tiers pays. Et le commandant du contingent est accusé de ne pas être à la hauteur de sa tâche. Pas de quoi entretenir le moral des troupes…

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