Tchad: de nombreux morts dans l’effondrement d’une mine d’or

Tchad: de nombreux morts dans l’effondrement d’une mine d’or

De nombreuses personnes sont mortes en début de semaine dans l’effondrement d’une mine d’or sauvage dans le nord du Tchad, dans une zone de non-droit livrée à différents gangs d’orpailleurs illégaux et autres trafiquants, tout près de la Libye.

L’accident s’est produit dans la nuit de lundi à mardi vers la localité de Kouri Bougoudi, tout près de la frontière libyenne, dans la province du Tibesti soumise à l’état d’urgence.

« Une mine s’est effondrée, je ne peux pas dire exactement combien il y a de morts mais il y a beaucoup de gens qui travaillent dans ces mines, il doit y avoir beaucoup de morts, c’est sûr », a déclaré jeudi par téléphone à l’AFP le ministre tchadien de la Défense et de la Sécurité, Mahamat Abali Salah.

Un officier de l’armée qui a requis l’anonymat évoque auprès de l’AFP « une trentaine de morts », mais il se base sur des témoignages recueillis auprès de personnes sur place, l’armée n’étant pas présente pour l’heure dans cette zone reculée. Un député de la région, se basant lui aussi sur des témoignages recueillis depuis N’Djamena, parle d' »une dizaine de morts ».

« Je ne peux pas vous donner de bilan exact car nous avons dépêché sur place ce matin des militaires », a répété le ministre Abali Salah contacté depuis Libreville, ajoutant que les autorités attendent le rapport de cette mission dans la matinée.

– Sous-sol truffé de galeries –

Cette zone du Tibesti qui longe la frontière libyenne échappe en partie aux forces de sécurité de N’Djamena et le sous-sol riche en or, par endroits, est truffé de galeries ou de mines à ciel ouvert à la structure précaire, dans lesquelles opèrent des centaines d’orpailleurs illégaux travaillant pour des gangs locaux qui contrôlent certaines localités. D’autres sont aux mains de divers trafiquants.

Cela explique que les informations soient tardives, parcellaires et difficiles à vérifier.

Mi-août, le président Idriss Deby Itno avait décrété l’état d’urgence dans trois provinces, dont celle du Tibesti, en proie aux violences entre différents gangs, les orpailleurs illégaux et des rebelles tchadiens qui ont trouvé refuge en Libye et traversent régulièrement la frontière poreuse.

Le nord du Tchad, frontalier avec le Soudan, la Libye et le Niger, est une région extrêmement instable du Sahel, désertique, peu habitée et difficile à contrôler.

Le gouvernement tchadien avait décidé, fin mars, de créer une force de sécurité mixte au Tibesti, pour sécuriser la zone. Il avait également annoncé la fermeture de la frontière avec la Libye. Le nord du Tchad est très lié au sud libyen, d’où vient la majorité du ravitaillement en nourriture au Tibesti.

Le centre de commandement de cette nouvelle force mixte avait été installé précisément dans la région de Kouri Bougoudi, une zone aurifère théâtre d’affrontements entre des orpailleurs illégaux et l’armée fin 2018 et début 2019.

– Le Tibesti, région frondeuse –

Impliquée dans la lutte contre le trafic de drogue, cette force doit également permettre « le désarmement » de la région, « la sécurisation de la frontière » et « la traque contre les bandits et les terroristes », avait annoncé le gouvernement.

Début mars, l’armée avait aussi annoncé avoir repris plusieurs sites d’orpaillage dans cette région pour le compte du gouvernement. Notamment un site minier dirigé par Abdallah Banda, un chef rebelle soudanais du Darfour poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI). Les militaires l’ont finalement chassé de la région.

Le Tibesti est historiquement une région frondeuse, berceau de plusieurs rébellions majeures depuis l’indépendance du Tchad, en 1960, explique le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) dans un rapport sur le Tibesti.

Depuis la découverte de gisements d’or en 2012, les mines de cette province ont suscité les convoitises de commerçants, de milliers d’orpailleurs, de militaires tchadiens, et de membres de l’opposition armée tchadienne et soudanaise en quête du métal précieux, toujours selon ICG. Elle a aussi enclenché une véritable ruée vers l’or de jeunes tchadiens pauvres du centre du pays, livrés sur place aux gangs pour lesquels ils travaillent dans des conditions très difficiles et de sécurité précaire.​

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