Guinée: Alpha Condé parle de référendum, donnant corps au projet de 3e mandat

Guinée: Alpha Condé parle de référendum, donnant corps au projet de 3e mandat

Le président Alpha Condé a appelé les Guinéens à se préparer à un référendum et à des élections, accréditant encore plus l’idée d’une candidature à sa propre succession malgré l’obstacle constitutionnel et les protestations de l’opposition.

Les opposants à un troisième mandat de M. Condé ont dénoncé un « projet de coup d’Etat constitutionnel » et les velléités « dictatoriales » de celui qui fut en 2010 le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest indépendante depuis 1958.

« Je vous demande de vous organiser et de vous préparer pour le référendum et les élections », dit M. Condé dans une vidéo datée du 22 septembre postée sur Facebook et abondamment reprise mardi par les médias guinéens.

Le chef de l’Etat rencontrait des membres de la communauté guinéenne à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, selon les médias.

Ses propos ont été largement considérés comme les plus explicites quant à l’intention du chef de l’Etat de 81 ans de briguer à nouveau la présidence, un projet qui ne souffre pas de doute pour ses adversaires.

La présidence guinéenne n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Condé, ancien opposant historique ayant connu la prison pour son engagement contre différents régimes autoritaires, avait bénéficié alors de fortes sympathiesinternationales. Après son élection en 2010, il a été réélu en 2015 à la tête de ce petit pays francophone, qui jouit d’importantes réserves de bauxite, de fer, d’or ou de diamant, mais se bat toujours contre la pauvreté et le manque d’infrastructures.

Alpha Condé achève son deuxième mandat en octobre 2020. La constitution actuelle l’empêche d’en assumer un troisième.

La tenue d’un référendum achèverait une séquences politique permettant de modifier la loi fondamentale, alors que le président guinéen a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats.

Il n’est pas allé jusqu’alors jusqu’à lancer une réforme constitutionnelle. Mais il a mandaté début septembre son Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, pour qu’il organise de larges « consultations » portant en particulier sur la Constitution.

Ces consultations, qui doivent en principe s’achever mercredi, sont boycottées par les principaux partis d’opposition.

Le chef de l’Etat a aussi prôné la tenue d’élections législatives avant la fin de 2019. Elles étaient initialement prévues en 2018, mais avaient été reportées sine die. Le chef de la Commission électorale a proposé qu’elles se déroulent le 28 décembre.

– ‘Dérive autoritaire’ –

Mais les adversaires de M. Condé résistent aussi à ces élections, qui serviraient selon eux au président à tenter de s’assurer une majorité parlementaire des deux tiers, nécessaire à une réforme de la Constitution.

Ils fustigent ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire de M. Condé.

Plusieurs membres du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), un mouvement créé pour s’opposer à un troisième mandat d’Alpha Condé, ont été interpellés en avril et mai lors de manifestations émaillées d’incidents, avant d’être relaxés par la justice.

Après les propos d’Alpha Condé à New York, le FNDC a jugé sur Facebook avoir « eu raison de refuser des consultations sur le projet de coup d’État constitutionnel ».

Une autre organisation se réclamant de la société civile, le Mouvement pour l’alternance en Guinée, s’émeut dans un communiqué publié mardi d’une « volonté manifeste des ennemis de la République » de conduire le pays « dans un labyrinthe dictatorial ». Il s’inquiète que le non-respect du code électoral et de la Constitution ne crée des « troubles majeurs », dans un pays où les manifestations sont régulièrement émaillées de confrontations meurtrières entre les forces de l’ordre et les militants de l’opposition.

Lors de son séjour aux Etats-Unis, Alpha Condé a été reçu par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui lui a signifié que les Etats-Unis suivaient la situation dans son pays. M. Pompeo a appelé à une « transition du pouvoir démocratique et honnête (en Guinée), ce qui impliquera des institutions plus fortes et moins de corruption », selon le département d’Etat.

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