Sud-Kivu : une marche des médecins pour protester contre les assassinats dont ils sont victimes

Sud-Kivu : une marche des médecins pour protester contre les assassinats dont ils sont victimes

Par Esther N’sapu, correspondante dans l’Est de la RDC

L’ordre des médecins de la province du Sud-Kivu est descendu dans les rues de Bukavu ce vendredi 20 septembre 2019 pour protester contre les assassinats récurrents des médecins en province.

Environ 150 médecins de différents hôpitaux et structures sanitaires de Bukavu, tous habillés en blouses blanches avec des bandanas noir autour du bras ont exprimé leur ras-le-bol suite à l’assassinat d’un des leurs, le docteur Dieudonné Manenga dans la nuit de dimanche 15 à lundi 16 septembre par des hommes en armes qui n’ont pas encore été identifiés. C’est le deuxième médecin tué en moins de deux ans.

Feu le docteur Dieudonné Manenga était médecin traitant à l’hôpital des sœurs religieuses de Kalundu, en territoire d’Uvira, au Sud-Kivu.

Au cours de cette marche, les médecins scandaient des messages tels que : « encore un médecin assassiné, une mort de trop », « Protégez-nous et notre métier ».

D’après le Dr Fabrice Cikomola, président de la corporation de l’ordre des médecins au Sud-Kivu, « Nous sommes dans la rue aujourd’hui pour exprimer notre indignation parce que nous avons été une fois de plus victimes de la barbarie des hommes armés. Nous pensons que c’est inacceptable qu’un médecin au service de l’humanité et qui soigne les malades puisse être la cible de ces inciviques. Nous travaillons dans des endroits parfois inaccessibles et parfois incertains pour sauver des vies, mais voilà aujourd’hui c’est nous qui sommes tués. Notre travail c’est de soigner les malades et l’Etat congolais a l’obligation de jouer son rôle, celui de nous protéger« , a-t-il dit.

Le président de la corporation de l’ordre des médecins au Sud-Kivu, a par la même occasion, rappelé les circonstances de la mort du docteur Gildo Byamungu tué chez lui à Uvira il y a plus d’un an par quatre hommes armés. D’après son témoignage, un suspect a été appréhendé et condamné mais l’ordre des médecins doute encore de la manière dont les enquêtes ont été menées.

La marche de protestation est partie du bureau du conseil provincial des médecins pour se rendre au bureau du gouverneur de province où un mémorandum devait être déposé. N’ayant pas été reçu par le vice-gouverneur comme prévu, les médecins ont été contraints de rebrousser chemin jusqu’au carrefour communément appelé « feu rouge » où ils ont bloqué la circulation automobile pendant environ 30 minutes pour obliger le vice-gouverneur à recevoir leur mémorandum.

Lors de la lecture du mémorandum devant le vice-gouverneur, le Dr Cikomola a interpellé les autorités du Sud-Kivu sur la situation sécuritaire en province. D’après lui, les autorités disent que « la situation sécuritaire en province est relativement calme », pendant que la population, les enfants et nos collègues, sont  massacrés.  Il s’insurge aussi contre la manière dont sont menées les enquêtes qui se soldent trop souvent par « ce sont des personnes non identifiées ». Cette phrase est devenue une réponse toute faite pour ceux qui sont censés protéger la population. « Cela doit cesser », a-t-il lancé.

Les médecins du Sud-Kivu demandent que les médecins soient sécurisés mais aussi que les services de sécurité diligentent des enquêtes crédibles, sérieuses et approfondies aboutissant à l’arrestation des coupables et à leur traduction devant la justice.

Pour rappel, l’ordre de médecin avait demandé aux responsables des hôpitaux de décréter un service minimum de trois jours à compter de ce mardi 17 septembre.

Que pensez-vous de cet article?