Tshisekedi et le monde des affaires dialoguent à Bruxelles

Tshisekedi et le monde des affaires dialoguent à Bruxelles

 
Par Marie-France Cros.

 
« L’image que vous avez du Congo peut expliquer la frilosité » des hommes d’affaires belges, a admis devant la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) le président congolais Félix Tshisekedi, en visite officielle en Belgique cette semaine. « Mais en restant de côté, vous risquez de rater des opportunités », a-t-il ajouté pour les opérateurs économiques qui, comme la presse, ont entendu cette phrase à chaque offensive de charme de Kinshasa envers la Belgique, ces trente dernières années. « Les investisseurs vont vouloir la stabilité et la sécurité », a répondu le président de la FEB, Bernard Gilliot, en espérant que la visite présidentielle « marquera une étape importante » dans les relations économiques entre les deux pays.
 
Brouille après brouille, celles-ci ont singulièrement diminué. Aujourd’hui la RDCongo n’est plus que le 69ème client de la Belgique et son 81e fournisseur. L’Angola voisin fait mieux, qui occupe respectivement la 55e et la 61e place pour la Belgique.
 
Reste que le Congo intéresse encore les hommes d’affaires belges qui, par la bouche du président de la Chambre de Commerce Belgique-Luxembourg-Afrique-Caraïbes et Pacifique (CBL-ACP), Guy Bultynck, se sont, mardi soir, lors d’un dîner en l’honneur du Président de la RDC, « réjouis de (ses) déclarations ».
 
Les intentions de Félix Tshisekedi
 
M. Tshisekedi s’est « engagé pleinement » à « ramener la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire » congolais; a vanté les « avancées considérables » obtenues, selon lui, depuis son arrivée à la Présidence; a annoncé son intention de « combler le déficit en infrastructures – j’ai déjà commencé avec le peu de moyens » disponibles – de renforcer les formations (« nous avons décrété la gratuité de l’enseignement de base fondamental »); de « mettre en place une autorité de régulation de l’électricité »; de « poursuivre la création de zones économiques spéciales »; de promouvoir « une agriculture villageoise tirée par des pôles industriels »; d’optimiser « les conditions pour l’entreprenariat ».
 
Il a aussi voulu « rassurer » ses auditeurs en soulignant que des « sanctions » avaient été prises contre des mandataires publics congolais accusés de corruption. Il a annoncé la création « dans les jours qui viennent » d’une « agence de lutte contre la corruption » avec de larges pouvoirs de « droit de regard dans les registres », alors que « plus de 80% des recettes échappent aujourd’hui » à l’Etat congolais. Et de souligner que Kinshasa est « en dialogue avancé avec le FMI » en vue de l’adoption d’un programme. 
 
Ce que souhaitent les hommes d’affaires
 
Le sujet qui semble toutefois avoir intéressé particulièrement les hommes d’affaires présents est d’avoir moins de difficultés à obtenir un visa pour le Congo. A la FEB, M. Tshisekedi a répondu que ces difficultés devaient être liée à « la gêne qu’il y a eu dans nos relations » et promis d’étudier « la possibilité » pour les hommes d’affaires d’obtenir un visa à leur entrée au Congo. A la CBL-ACP, il a indiqué avoir « décidé la prochaine mise en place d’un système de visas électroniques » qui facilitera la procédure. Ces deux réponses ont été très applaudies.
 
Les « objectifs prioritaires » des hommes d’affaires avaient été résumés dans un memo qui n’a pas été lu publiquement à M. Tshisekedi; M. Bultyck a donné ce memo au Président congolais en le remerciant « pour l’attention qu'(il) voudr(a) bien (lui) donner ». La Libre Afrique.be a pu prendre connaissance du contenu de ce texte.
 
Pour les infrastructures, il demande la restauration des voies de communication (routes, fleuves, chemin de fer); la réorganisation de la Société nationale d’électricité afin qu’elle devienne « performante » et l’encouragement aux producteurs indépendants de courant; le développement de l’accès au haut débit internet.
 
Revoir la Loi agricole et celle sur les sous-traitants
 
Pour les services publics, les hommes d’affaires souhaitent la restauration de la primauté du droit pour ramener la confiance des investisseurs dans les services publics (justice, foncier, agences fiscales, énergie, transport); la suprression du harcèlement des entreprises par des agents publics; la sécurisation des titres fonciers.
 
Au législatif, le monde des affaires demande la révision de la Loi agricole de 2011 pour attirer les investisseurs (actuellement les Congolais doivent être propriétaires majoritaires des entreprises); la révision de la loi sur la sous-traitance (qui oblige les entreprises à ne sous-traiter qu’à des entreprises congolaises); l’ajustement de certaines dispositions du Code minier pour relancer le secteur; la stabilité fiscale, pour que les investiiseurs puissent planifier leurs investissements en « confiance »; la ratification de l’accord avec l’Union économique belgo-luxembourgeoise sur la protection des investissements. 
 
Enfin, s’agissant de l’aide au développement, les hommes d’affaires demandent que celle-ci soit planifiée et coordonnée afin de contribuer à la relance.
 
Le 3 novembre prochain, une mission de la CBL-ACP se rendra au Congo pour explorer les possibilités d’y investir.

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