RDC: Après l’Union européenne, Washington annonce des sanctions

RDC: Après l’Union européenne, Washington annonce des sanctions

Le Département du Trésor américain (ministère des Finances) a annoncé jeudi qu’il ajoutait le général congolais François Olenga Tete à sa liste de personnes sanctionnées, ainsi qu’une entreprise qui lui appartient, le Safari Beach Club, un hôtel de grand luxe situé à la sortie de Kinshasa, sur la route de la Nsele, grâce à des fonds de provenance jugée suspecte. Le général Olenga est notamment sanctionné  pour avoir « harcelé des opposants politiques » procédé à des arrestations et exécutions arbitraires en empêchant l’action des observateurs de l’Onu », selon le communiqué américain.

Un vieux de la vieille

Tetela du Maniema, François Olenga, 69 ans aujourd’hui, dit avoir participé à la rébellion des « Simbas » dans l’est du Congo, au début des années 60. Il a vécu en exil en Tchécoslovaquie, en Suisse et en Allemagne; selon le « Tageszeitung » (novembre 2013) de Berlin, il a la nationalité allemande.

Fils d’un ancien compagnon de maquis de Laurent Kabila, François Olenga rejoint sa rébellion AFDL en 1996, où il est chargé de la logistique. Le 9 mars 2001, un peu plus d’un mois après l’assassinat de Laurent Kabila, son fils et successeur, Joseph Kabila, nomme François Olenga chef de l’armée de terre – poste occupé jusque-là par le nouveau chef d’Etat – avec le grade de général-major; le promu part suivre une formation de commandement au Zimbabwe. Il occupe ensuite les fonctions d’inspecteur général de l’armée, selon le politologue Jean Omasombo (« Biographies des acteurs de la troisième république ») quand, en avril 2008, il est suspendu de ses fonctions suite à l’assassinat par balles de deux personnes venues à sa résidence.

En novembre 2012, Olenga – qualifié par ceux qui le connaissent de « grande gueule » – retrouve son poste de chef de l’armée de terre (où il remplace le général Gabriel Amisi, dit « Tango Four », suspendu pour avoir vendu des armes aux rebelles de l’est, selon un rapport de l’Onu) au moment où elle doit faire face à l’insurrection du M23, qui a pris les villes de Saké et Goma (Nord-Kivu). Olenga se rapproche du président Joseph Kabila à la faveur de la mise à l’écart – sur pression internationale – d’un de ses favoris, le général (de police) John Numbi, impliqué dans l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya le 2 juin 2010.

En août 2014, le général Olenga est chargé par le chef de l’Etat de décharger la Garde républicaine (garde présidentielle) de la protection des sites stratégiques à Kinshasa au profit des Forces de réaction rapide. Selon le Tageszeintung du 30 octobre 2014, il a des relations dans l’industrie de l’armement ukrainienne, auprès de laquelle il se fournit. Plus généralement, il est considéré comme le principal responsable des achats d’armes du régime depuis de longues années. Dernièrement, il a été promu chef de la Maison militaire du président Joseph Kabila.

De plus en plus près de Joseph Kabila

A ce titre, il saute aux yeux que les sanctions se rapprochent de plus en plus du chef de l’Etat congolais, qui est hors mandat depuis le 20 décembre 2016. Un Accord de la Saint-Sylvestre a été signé le 31 décembre 2016 pour le prolonger un an au pouvoir, le temps d’organiser les élections, mais il n’a, jusqu’ici, pas accompli sa part de l’accord visant à un partage du pouvoir d’ici à la présidentielle et à une transition pacifique.

C’est en octobre 2006, sous la présidence du républicain George W. Bush, qu’un programme de sanctions pour le Congo a été créé aux Etats-Unis parce que la violence et les atrocités régnant dans l’ex-colonie belge « menaçaient la stabilité régionale et représentaient une menace inhabituelle et extrordinaire pour la politique étrangère des Etats-Unis ». Outre l’interdiction de voyage et le gel des avoirs, les sanctions américaines comprennent  l’interdiction, pour les citoyens et entreprises des Etats-Unis, d’avoir des relations d’argent avec les Congolais ciblés.

Républicain comme démocrate

Le premier visé fut, en juin 2016, sous le démocrate Barack Obama, le chef de la police de Kinshasa, Célestin Kanyama, en raison de la violence de sa politique de répression. Le 28 septembre, ce fut au tour du général Gabriel Amisi, dit « Tango Four », responsable des forces de sécurité pour une région comprenant Kinshasa, en raison de la répression des manifestations de janvier 2015 (42 morts) contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, et l’ex-chef de la police John Numbi pour avoir usé de violence afin d’assurer l’élection (controversée) au poste de gouverneur de province des candidats pro-Kabila.

Le 12 décembre 2016, une semaine avant la fin du dernier mandat légal de Joseph Kabila, Evariste Boshab, alors ministre de l’Intérieur, avait été sanctionné pour sa responsabilité dans la répression de l’opposition, ainsi que Kalev Mutomb, le chef des services de renseignement, pour les mêmes raisons. A l’époque, le ministre de l’Information, Lambert Mende (sanctionné depuis la semaine dernière par l’Union européenne) avait déclaré: « Nous ne considérons pas (ces sanctions) comme une action des Etats-Unis parce qu’Obama ne représente plus les Etats-Unis », alors qu’il ne cèderait le pouvoir à Donald Trump que cinq semaines plus tard.

Les sanctions annoncées jeudi montrent que, contrairement à ce que pensait le régime Kabila, les républicains américains sont aussi prêts que les démocrates à sanctionner les sorties de route.

Que pensez-vous de cet article?