Scandale des 15 millions de dollars disparus: l’Asadho interpelle le président Tshisekedi

Scandale des 15 millions de dollars disparus: l’Asadho interpelle le président Tshisekedi

 
Par Marie-France Cros.

 
L’Association africaine de défense des droits de l’homme (Asadho) a publié jeudi un communiqué appelant le président Félix Tshisekedi et le Procureur général près la Cour de cassation à « donner suite au rapport de l’Inspection générale des Finances » (IGF) évoquant la disparition de 15 millions de dollars » d’argent public. L’affaire fait scandale depuis plusieuirs semaines déjà.
 
Le 31 juillet dernier, l’IGF rendait public son « Rapport du contrôle de paiement de pertes et manques à gagner des sociétés pétrolières », indiquant que 15 millions de dollars leur étant dus n’étaient pas arrivés au Trésor public et que des institutions et personnalités avaient refusé de donner à l’Inspection des documents qu’elle requérait pour éclaircir ce qui s’était passé.
 
Le 17 août, le nouveau patron de l’ANR (Agence nationale de renseignement), Justin Inzun Kakiak – issu des rangs kabilistes comme son prédecesseur, Kalev Motond – ordonne à l’Inspecteur général des Finances d’ouvrir une seconde enquête. Il veut que « tous les décaissements de fonds du Trésor public en faveur de tous les ministères du gouvernement depuis l’investiture de Félix Tshisekedi » soient audités.
 
Plusieurs ONG ont en effet évoqué des cas de détournement massif dans des ministères qui fonctionnent sans le contrôle du parlement depuis janvier puisqu’ils étaient en affaires courantes jusqu’à la mise sur pied d’un nouveau gouvernement le 25 août dernier. Entre janvier et fin août, la Présidence en a profité pour gouverner mais s’est plusieurs fois fait attraper par la presse à passer commande pour des sommes importantes sans qu’il y ait appel d’offres – pour un total de 600 millions de dollars avait indiqué un banquier à La Libre Afrique.be. Le directeur de cabinet – et allié politique de Félix Tshisekedi – Vital Kamerhe est souvent cité.
 
L’Inspecteur général des Finances menacé à la Présidence
 
Cette semaine, l’Inspecteur général des Finances, Victor Batubenga, a déclaré au micro de RFI qu’il avait été interrogé par les services du Conseiller spécial du président Tshisekedi en matière de Sécurité, François Beya, après avoir été interpellé, avec un autre inspecteur, le 30 août, par des policiers arrivés au siège de l’IGF à bord de quatre jeeps et qui ont, au passage, molesté quelque-uns de ses agents. Selon M. Batubenga, un des collaborateurs du Conseiller spécial Beya aurait formulé des menaces contre lui et sa famille.
 
Il indique avoir été interrogé sur deux enquêtes de ses services, celle sur les 15 millions dus aux sociétés pétrolières et celle sur les dépenses du Trésor public depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. « Il semble que je sois en train de déranger des gens avec ce contrôle », a dit l’Inspecteur général des Finances.
 
Ces scandales, qui rencontrent un large écho sur les réseaux sociaux, surviennent alors que le ministère des Mines vient d’annoncer une réduction de 15% de sa contribution au budget national, en raison notamment de la chute des prix internationaux  du cuivre et surtout du cobalt.
 
« Suspendre » Vital Kamerhe
 
L’Asadho, dans son communiqué de jeudi, se dit « très préoccupée par le silence du Président de la République et du Procureur général près la Cour de Cassation relativement à la gravité des faits révélés par le rapport » de l’IGF, rapport qui « met en cause le ministre de l’Economie, le directeur de cabinet du chef de l’Etat, le conseiller chargé des questions financières du ministère de l’Economie et le secrétaire général à l’Economie ».
 
L’Asadho constate que « plus d’un mois après la publication » du rapport, « les personnalités mises en cause ne sont pas sanctionnées administrativement », et « toujours pas interpellées par le Procureur général près la Cour de cassation pour s’expliquer sur l’utilisation des fonds détournés ». Et l’association de rappeler que « l’Etat de droit est le cheval de bataille du président » Tshisekedi et qu’il « ne peut devenir une réalité que s’il met fin au régime des intouchables ».
 
L’Asadho demande donc au chef de l’Etat d' »ouvrir un dossier disciplinaire à charge de membres de son cabinet mis en cause dans ce rapport », « suspendre son directeur de cabinet », Vital Kamerhe, et « le mettre à la disposition de la justice » et ordonner la poursuite des investigations de l’IGF « à la Présidence et aux ministères » visés.

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