Représailles contre la xénophonie sud-africaine au Nigeria et à Lubumbashi

Représailles contre la xénophonie sud-africaine au Nigeria et à Lubumbashi

 
Par Marie-France Cros.

 

Lubumbashi a été jeudi le théâtre de violences contre les intérêts sud-africains, violences qui auraient fait deux tués par balles perdues, selon une des sources de La Libre Afrique.be. De son côté l ’Afrique du Sud a fermé “temporairement” ses missions diplomatiques au Nigeria après des pillages de commerces sud-africains. Ces représailles font suite à trois jours de violences xénophobes en Afrique du Sud, cette semaine, qui ont fait sept morts.

 
A Johannesburg, depuis dimanche, des groupes de personnes ont brûlé des véhicules et des commerces, pillé des magasins. Nombre d’entre eux, mais pas tous, appartenaient à des étrangers, ce qui a poussé certains officiels sud-africains à parler de “criminalité” plutôt que de xénophobie. Cela a hérissé le public dans plusieurs pays du continent, en particulier les Nigérians: l’ancien pays de l’apartheid s’est en effet illustré par plusieurs épisodes d’émeutes xénophobes, en 2008 (62 morts), 2015 (7 morts) et 2017.
 
L’Afrique du Sud est frappée par un chômage de 27% mais attire des travailleurs de pays du continent plus pauvres; ceux-ci sont alors accusés par les jeunes Sud-Africains de leur “voler” les emplois. L’Afrique du Sud est aussi le pays le plus violent du continent (57 meurtres/jour) et le 5ème au monde; le taux de meurtres actuel est cependant la moitié de ce qu’il était en 1993, juste avant la suppression de l’apartheid.
 
Une rivalité Nigeria-Afrique du Sud
 
Les migrants sont officiellement 3,6 millions en Afrique du Sud  (pour 50 millions de Sud-Africains), dont 30 000 Nigérians; la presse nigériane considère cependant ce chiffre largement sous-estimé. Une rivalité certaine existe entre les deux pays, le Nigeria étant la seule nation d’Afrique sub-saharienne à pouvoir se mesurer à l’Afrique du Sud en termes de puissance économique, même s’il est encore loin derrière l’ex-pays de l’apartheid. Cette rivalité existe aussi au niveau des individus: les Sud-Africains, disent les Nigérians, les accusent d’être “arrogants”, trop « showy » (extravertis) et de “voler leurs femmes”; les Nigérians disent les Sud-Africains “jaloux” de leurs succès et de leur confiance en eux.
 
Ce nouvel épisode de violence xénophobe à Johannesburg survient en outre après que la justice sud-africaine eut ordonné, le mois dernier, l’expulsion de 489 étrangers illégaux; quelque 650 personnes avaient été arrêtées lors de rafles dans la grande ville minière.
 
En représailles, le Nigéria a renoncé mercredi à participer au Forum économique africain du Cap, qui s’ouvrait le même jour. L’ambassadeur sud-africain a été convoqué à Abuja pour s’expliquer et le président Buhari s’est dit publiquement “mécontent du traitement infligé à ses concitoyens” .
 
A Lubumbashi aussi
 
On ignorait encore, jeudi, la nationalité des victimes de Johannesburg mais les émeutes visaient essentiellement des migrants africains et des commerces possédés par des étrangers. L’ambassadeur du Kenya en Afrique du Sud affirme que certaines des personnes lésées sont kényanes; le président zambien a appleé Pretoria à « mettre fin au carnage » avant  que « cette xénophobie dégénère en un génocide à grande échelle ».
 
Dans plusieurs pays, des protestations ont été lancées sur les réseaux sociaux contre l’Afrique du Sud, notamment en RDCongo, où les locaux de l’entreprise sud-africaine Vodacom ont été attaqués jeudi matin à Lubumbashi, ainsi que le consulat sud-africain et des magasins possédés par des Sud-Africains – qui ont été pillés – alors que la police avait mis des barrages pour les protéger.

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