Le Pape en visite au Mozambique, qui subit les mêmes attaques que la RDCongo

Le Pape en visite au Mozambique, qui subit les mêmes attaques que la RDCongo

 
Par Marie-France Cros.

 
Le pape François a quitté mercredi matin le Vatican pour le Mozambique, première étape d’une nouvelle tournée africaine qui se prolongera jusqu’au 10 septembre et qui le mènera ensuite à Madagascar et à l’île Maurice.
 
Dans cette dernière, une démocratie majoritairement hindoue (52 %) mais comptant 30 % de chrétiens, principalement catholiques, il sera reçu comme “un pèlerin écologiste”. Dans la Grande île, où les trois quarts des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour, le souverain pontife circulera dans une “papamobile” de construction locale, la Mazana II.
 
Le plus difficile
 
C’est le Mozambique qui connaît la situation la plus difficile. Le Pape y arrive un mois après la signature d’un accord de paix entre le gouvernement du président Felipe Nyusi et le principal mouvement d’opposition, la Renamo (Résistance nationale mozambicaine). Mais c’est la troisième tentative de mettre un terme à la révolte de ceux qui s’opposent à la mainmise du Frelimo (Front de libération du Mozambique) sur le pouvoir depuis l’indépendance (1975).
 
Certains redoutent que le nouvel accord ne soit destiné qu’à faciliter la réélection de Felipe Nyusi à la présidentielle d’octobre prochain. Il propose, comme ses prédécesseurs, une décentralisation en échange du désarmement des combattants Renamo ; jusqu’ici, le Frelimo n’a pas vraiment desserré son étreinte sur le pouvoir et la Renamo n’a jamais rendu toutes ses armes.
 
Un narco-Etat
 
Si le pays s’est nettement enrichi depuis l’indépendance, la richesse est toujours plus concentrée dans les mains d’une petite élite. Deux tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, sans disposer des services de base, alors que l’État Frelimo s’enfonce de plus en plus dans une corruption généralisée. Après 44 ans de pouvoir, l’ancien mouvement de libération gouverne un “narco-Etat” (le second en importance, sur le continent, après la Guinée Bissau), par où transitent chaque année une quarantaine de tonnes d’héroïne asiatique à destination de l’Afrique du Sud et de l’Europe. Y prospèrent aussi les trafics d’êtres humains, d’ivoire, de bois, d’armes, de rubis.
 
À cela s’ajoutent, pour la population, les effets du dévastateur cyclone Idai, en mars dernier, qui a tué plus de 1300 personnes et provoqué des dégâts évalués à plus de 2 milliards de dollars.
 
Attaques islamistes comme en RDCongo
 
Enfin, depuis octobre 2017, le nord du Mozambique est la proie d’attaques attribuées à des islamistes venus de la Tanzanie voisine, qui ont fait au moins 250 morts déjà. Elles visent généralement des villages isolés ; les victimes (hommes, femmes, enfants) sont généralement décapitées ou tuées à la machette ; les villages – plus de 600 – et les récoltes sont brûlés, avant que les tueurs regagnent le couvert de la forêt qui mène en Tanzanie. Des milliers de personnes, paniquées, ont fui la région.
 
Maputo a arrêté près de 400 personnes – des Mozambicains mais aussi des Tanzaniens et des Somaliens – et détruit une mosquée à Mocímboa da Praia, accusée de prêcher le jihadisme, ainsi qu’un village qui aurait servi de base aux islamistes. Le gouvernement a aussi envoyé des renforts armés, mais ils ne sont pas suffisants pour protéger les habitants.
Une région musulmane, riche en gaz
 
Longtemps, ces attaques n’ont pas été revendiquées. Mais en juin dernier, puis à nouveau en juillet, la “Province d’Afrique centrale” de l’État islamique (EI) – la même que celle qui revendique, depuis avril 2019, les attaques attribuées à des islamistes dans l’est de la RDCongo – a revendiqué deux des attaques. Comme dans le cas congolais, le lien entre les terroristes et l’État islamique n’est pas clair ; d’aucuns y voient une stratégie de EI visant à montrer celui-ci comme toujours actif malgré ses pertes considérables en Irak et en Syrie.
 
Une province riche en gaz
 
Ces attaques surviennent dans la province de Cabo Delgado, à la frontière tanzanienne, une région pauvre, abandonnée de l’État et majoritairement musulmane dans ce pays largement chrétien. Les assaillants voudraient y voir appliquer la loi islamique mais les victimes, principalement musulmanes, ne comprennent pas pourquoi elles sont la cible de jihadistes.
 
Cabo Delgado est aussi riche en gaz, qui devrait pouvoir être exporté à partir de 2020, selon les prévisions, et dont Maputo compte tirer de juteux bénéfices. Pas pour le peuple mozambicain, si l’on en juge par les scandales de mirobolants détournements d’argent qui émaillent déjà le secteur.
 
La société américaine Anadarko a annoncé en juin un investissement de 25 milliards de dollars pour exploiter un gisement offshore dans la province de Cabo Delgado, bien que les islamistes s’en soient déjà pris à ses convois. L’américaine Exxon-Mobil, la française Total, l’italienne ENI et la chinoise CNPC sont aussi sur les rangs.

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