Exténués mais soulagés, des réfugiés centrafricains rentrent au pays

Exténués mais soulagés, des réfugiés centrafricains rentrent au pays

A l’arrière du camion, la chaleur est étouffante. Une trentaine de réfugiés centrafricains sont entassés sous la bâche. Les adultes serrés sur les bancs, les enfants en bas-âge et les animaux de compagnie à même le sol de la benne, dans un enchevêtrement de jambes.

A chaque trou de la piste, une violente secousse les fait rebondir sur le métal brûlant. La poussière s’engouffre par l’arrière, se colle à la sueur, se glisse entre les plis des vêtements et des paupières. Les dos sont meurtris.

Pourtant, le soulagement se lit sur les visages: après plusieurs années passées au Congo, ces réfugiés centrafricains sont enfin de retour au pays.

Comme eux, près d’un quart des 4,7 millions habitants de la République centrafricaine, selon l’ONU, ont fui leur domicile depuis qu’une coalition à majorité musulmane, l’ex-Séléka, a renversé en 2013 le président François Bozizé. Depuis, le pays est plongé dans une guerre civile opposant divers groupes armés aux forces de sécurité, ou entre ces milices elles-mêmes. Parmi ces déracinés, plus de 600.000 Centrafricains vivent toujours à l’étranger, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Mais depuis la signature, le 6 février à Khartoum, d’un accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés, plusieurs provinces connaissent une relative accalmie.

Aussi, en juillet et août, Bangui et le HCR ont signé des accords de rapatriement avec le Cameroun, la République démocratique du Congo et la République du Congo, des voisins qui accueillent la majorité des réfugiés centrafricains.

« Ceux qui retournaient chez eux de manière spontanée ne disposaient d’aucun accompagnement. Il s’agissait de fixer un cadre légal pour garantir aux volontaires un rapatriement dans la dignité et la sécurité », explique Stella Fatime, porte-parole du HCR. Ainsi, 4.983 réfugiés au Congo ont demandé à rentrer en vertu d’un de ces accords depuis le 1er août.

Parmi eux, Albert Bekpa, un pêcheur originaire de Bangui qui savoure l’instant malgré les secousses du camion. « C’est un jour de fête ! » s’exclame-t-il en brandissant une élégante canne en bois sculpté, trésor qu’il garde précieusement depuis son départ du pays en 2014.

Une clameur lui répond au dehors. Tout le long des 20km de piste qui séparent la frontière congolaise du camp de transit du HCR de Mongoumba, les villageois ont bravé la chaleur pour acclamer leurs compatriotes de retour. Des enfants accourent, agitant des branches de palmier en guise de rameaux. Les anciens se lèvent de leurs fauteuils.

– « Une vie d’esclave »-

De quoi inciter Valérie à l’optimisme. Cette commerçante chrétienne du PK5, quartier à majorité musulmane de Bangui, veut oublier les violences communautaires qui l’ont forcée à partir en 2013: « Dans les camps, on vivait très bien ensemble. On fera pareil au pays », lâche-t-elle à son arrivée à Mongoumba.

L’espoir est enfin permis, après des années de galère. Rations et médicaments insuffisants, scolarisation difficile, absence de perspectives d’emploi… les réfugiés du convoi sont unanimes pour dénoncer les conditions de vie dans les camps du Congo.

« Quelques-uns se débrouillaient pour travailler comme journaliers dans les champs. Moi, je devais attendre la nuit pour aller pêcher en cachette, et trouver quelque chose à manger. C’était une vie d’esclave ! », s’emporte Albert. « Dépendre du PAM (Programme alimentaire mondial) et du HCR, ce n’est pas une vie », abonde Youssouf, un commerçant du PK5. Parmi les 365 rapatriés « volontaires » du jour, nombreux sont ceux qui, comme Albert et Youssouf, se disent « obligés » de rentrer. Pour pouvoir nourrir leurs familles.

Car malgré l’accord de Khartoum, la paix reste fragile dans un pays dont 70% du territoire est toujours contrôlé par les groupes rebelles.

Et une fois de retour au pays, encore faut-il pouvoir retourner vivre chez soi. Dès leur arrivée au camp de Mongoumba, les nouveaux venus sont avertis: « Si votre maison est occupée par quelqu’un, ne le chassez pas, vous devez aller parler au chef de quartier », conseille un organisateur au micro.

Albert et sa famille écoutent avec inquiétude: « j’avais des terrains à Bangui et je ne sais pas ce qu’ils sont devenus… », souffle l’homme, qui devra parcourir avec sa famille encore quatre heures de piste en camion avant de retrouver la capitale.

Abdelaziz, lui, ne se fait pas d’illusion: « notre maison a été détruite en 2013. On va se débrouiller », assure ce jeune chef de famille. Les 150.000 francs CFA (230 euros) par adulte fournis par le HCR lui permettront de louer pour quelques temps un logement à Bangui. Il faudra ensuite se débrouiller pour vivre, ou survivre, dans un pays classé parmi les plus pauvres au monde.

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