L’événement « Black Clouds » à Dakar

L’événement « Black Clouds » à Dakar

« Black Clouds »,  la nouvelle création de Fabrice Murgia, directeur du Théâtre national à Bruxelles, vient de se jouer à Dakar, les 12 et 13 mai derniers.

Un pari fou, un véritable événement.  Grâce à une belle campagne de communication, l’équipe a réussi à drainer un public nombreux au Grand théâtre de Dakar qui n’en revenait pas. Télés, radios, cars entiers de spectacteurs… Tout le monde a montré un grand intérêt pour ce conte contemporain où se croisent plusieurs destins. «Black Clouds» aborde également la plongée dans le web profond et invisible ou l’idéologie sordide de la Silicon Valley, métaphorise le tourisme sexuel, cette «néocolonisation du corps » pour traiter de la fracture numérique Nord-Sud. Ce spectacle a été créé après une immersion au Sénégal de toute l’équipe.Revenir le jouer à Dakar en espérant une tournée dans tout le pays l’an prochain était donc très important. Nous avons receuilli les impressions du metteur en scène, Fabrice Murgia,  et des comédiens Fatou Hane et Kabila.

Fabrice Murgia très ému

Fabrice Murgia, qui vient de jouer “Black Clouds”au Grand théâtre de Dakar livre ses impressions. “C’était super émouvant. Le fait de jouer là-bas a mis le doigt sur pas mal de nos a priori sur les Sénégalais, le transhumanisme ou les droits d’auteur. On croyait que leur monde n’était pas connecté mais ce n’est pas vrai. Le spectacle a résonné autrement à Dakar. On s’est retrouvés face à des spectateurs qui réagissent beaucoup plus. Il y a eu beaucoup d’appareils photos, de flashes, de films diffusés ensuite sur Périscope. Ici, cela me rend fou mais là-bas c’était différent. C’était une expérience très riche.Grâce aussi aux ateliers de hacking où on fabriquait des ordinateurs à l’aide de Jerricanes”.

Les spectacteurs, nous dit encore le metteur en scène, ont pris le tourisme sexuel sur le ton de la rigolade, le sujet étant tabou au Sénégal. Ils ont surtout posé des questions par rapport à Internet, une des quatre thématiques abordées par la Cie Artara. “C’était très important pour moi de jouer là-bas. On n’écrit pas un spectacle sur l’Afrique avec des comédiens africains sans aller sur place et s’assurer qu’on est dans le bon” . Reste à savoir si la tournée prévue au Sénégal l’an prochain aura bien lieu. Quelques subsides exsitent déjà et vu le succès de “Black Clouds” à Dakar, Wallonie Bruxelles International semble s’intéresser de plus près à ce projet.

Une première pour les comédiens Fatou et Kabila

Pour Fatou Hane, jouer «Black Clouds» dans son pays fut une expérience. D’autant qu’ un car entier a fait le voyage de la région de Thiès pour venir la voir sur scène, en cet impressionnant Grand théâtre de Dakar, offert par la Chine au Sénégal. «C’est la première fois que mon père, qui ne regarde que des programmes comiques à la télé, me voyait jouer. J’avais peur qu’il ne comprenne pas tout mais il était très content. Comme il est musulman, je craignais aussi ses réactions quand la comédienne Valérie Bauchau apparaît à moitié nue. Ma sœur, ses enfants, mes cousines, des voisins sont également venus.»

La compagnie Artara a mené une grande campagne de communication pour remplir ce théâtre capable d’accueillir 1800 personnes. Il y a eu 700 personnes chaque soir, ce qui peut-être considéré comme un formidable résultat. «On a été invités à RSI, Radio Sénégal International et à TFM , la télé de Youssou N’Dour. Le public a trouvé le spectacle merveilleux . Cela m’a fait beaucoup de bien de jouer là-bas. Je voulais que les gens voient le spectacle. J’étais excitée, stressée. J’espère que la tournée pourra se faire car il est très important de jouer ce genre de spectacle en Afrique. Les gens sont encore plus concernés par le sujet là-bas qu’en Europe ».

Kabila, alias Hadji Abdou Rahmane Ndiaye, se dit lui aussi très heureux de cette expérience et de la grande campagne de communication menée autour du spectacle.

«Je ne m’attendais pas à cela. C’est la première fois que je voyais un public aussi dynamique, qui connaissait Steve Job, qui était au courant de l’histoire d’Aaron Swartz, cet informaticien et hacktiviste américain. Mon frère a pleuré quand il a vu la scène qui le concernait. C’est la première fois aussi que des membres de ma famille sont venus me voir. J’ai lancé 110 invitations et 67 personnes sont venues. Je me suis senti très fier. Au théâtre les régisseurs n’avaient jamais vu une telle mise en scène. On n’a pas l’habitude d’utiliser autant de vidéos, de lumières. Les gens n’ont pas cette culture ici. Je pense que cette pièce sera un déclic pour les habitants.

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