Accès à l’énergie en RDC : une nouvelle approche pour éclairer les ménages

Accès à l’énergie en RDC : une nouvelle approche pour éclairer les ménages

Opinion par Louis De Muylder

Il y a dix jours s’est tenu à Matadi le premier forum sur l’énergie en RDC. Lors de son discours inaugural, le Président de la République a souligné l’immense potentiel hydroélectrique du pays avant de déplorer un taux d’accès à l’électricité paradoxalement faible. Pourtant la technologie est ancienne alors pourquoi moins d’un Congolais sur dix accèdent à l’électricité en 2019 ?

Le véritable défi, c’est de distribuer l’énergie, plus que de la produire. Le projet hydroélectrique, Inga III, pourrait voir le jour demain que le taux d’accès à l’électricité resterait presque inchangé. Ces dernières années, ce taux a d’ailleurs chuté à plusieurs reprises face à la forte croissance démographique du pays. Si la RDC compte 80 millions d’habitants en 2019, elle en comptera 2,5 millions supplémentaires à éclairer en 2020. Il y a urgence. Cette situation dramatique maintient la population dans l’ignorance, l’insécurité et l’injustice sociale.

Ce n’est pas tout de produire, encore faut-il construire un réseau électrique jusque dans les foyers, mais à quel prix ? Connecter un ménage au réseau électrique en Afrique Sub-saharienne requiert un investissement moyen de 2500 USD1. Au Congo, le coût est souvent doublé par un environnement des affaires difficile et l’immensité du territoire. De plus, la rentabilité est mise à mal par la faible consommation de la grande majorité des familles – souvent limitée à l’éclairage, charge de téléphone et parfois télévision. Connecter les ménages au réseau ne permet pas de recouvrer l’investissement, ni de maintenir les infrastructures sans subsides colossaux de l’Etat qui n’en a absolument pas les moyens.

La RDC a besoin d’une véritable stratégie qui mette à profit toutes les solutions qu’offrent les technologies du 21e siècle en maximisant le retour sur investissement pour son développement. Il faut adopter une approche segmentée des besoins de la société congolaise. Le Président Félix Tshisekedi place l’accès à l’électricité « au cœur de tous nos enjeux économiques sociaux et environnementaux, car aucun développement n’est possible sans énergie. » A chaque enjeu, sa solution optimale de production et de distribution.

Le réseau est très cher et doit être construit là où il a le plus d’impact. Il faut privilégier les productions centralisées d’énergie pour desservir des endroits stratégiques comme des zones industrielles et des centres urbains à fortes valeur ajoutée au bénéfice du cadre socio-économique du pays. En effet, le réseau a l’avantage de connecter l’utilisateur à une source d’électricité suffisamment puissante pour alimenter en continu les outils de production indispensables à la transformation de matières premières jusqu’à la production de produits finis. Ce processus de valorisation permet à l’économie nationale de financer son émergence et de créer les emplois dont le pays manque cruellement.

S’obstiner à offrir aux ménages un accès universel au réseau électrique, c’est se condamner à s’essouffler financièrement et opérationnellement. Il faut privilégier les solutions décentralisées comme celles des kits solaires pour offrir aux habitants un cadre de vie sain et sécurisé. Car, in fine, ce sont ces familles qui chaque jour, par leur travail, par l’éducation de leurs enfants, et par leur sens critique citoyen, sont les moteurs de la société congolaise.

Désormais, les systèmes solaires individuelles éclairent les ménages et alimentent la plupart des appareils domestiques pour un prix abordable. En rapprochant le consommateur de la source de production, le réseau perd sa raison d’être. Le réseau électrique devient virtuel grâce à une carte SIM qui connecte le système solaire au fournisseur. A l’instar du réseau traditionnel, les ménages paient mensuellement un forfait pour couvrir l’amortissement du système solaire et le service de maintenance qui leur garantit un accès quotidien et durable à l’énergie. Chaque installation est contrôlée à distance pour permettre au fournisseur d’intervenir rapidement en cas de défaut technique. Les paiements s’effectuent en toute sécurité et transparence via mobile money – une technologie de paiement par téléphone qui a déjà révolutionné les échanges financiers du continent. Le paiement permet au client d’activer son système solaire comme on active un forfait de téléphone.

Cette approche permet d’électrifier des villes et des territoires rapidement et durablement pour une fraction du coût. L’investissement moyen nécessaire pour « connecter » un ménage au réseau virtuel est presque dix fois inférieur à celui du réseau traditionnel. En RDC, l’entreprise BBOXX installe et entretient des kits composés d’un système solaire (panneau et batterie) et d’appareils domestiques (lampes, chargeurs, radio, télévision, frigo). A ce jour, BBOXX a déployé près de 270 000 systèmes solaires domestiques, exerçant ainsi un impact positif sur la vie de près d’un million de personnes dont près de 100 000 à Goma, Bukavu et Kinshasa. Avec le soutien de l’Etat et d’acteurs internationaux (exonération douanière et sur la TVA, subvention par connexion, prêt à taux d’intérêts préférentiels, …), le secteur hors-réseau peut construire le premier réseau électrique virtuel capable de transformer durablement la vie de millions de familles en quelques années.

Les gouvernements et bailleurs internationaux ont tendance à répliquer le modèle du réseau physique traditionnel sur lequel les pays développés se sont construits. Electrifier la population congolaise coûterait des dizaines de milliards de dollars et à ce rythme, n’aboutirait qu’au siècle prochain. À l’inverse, les systèmes solaires domestiques peuvent se répandre à grande vitesse pour une fraction du coût. L’occident s’est construit au 20e siècle avec les technologies disponibles à cette époque. Aujourd’hui, le Congo doit exploiter les technologies du 21e siècle pour suivre son propre modèle de développement. La RDC peut devenir le premier pays au monde où les connexions au réseau virtuel solaire dépasseraient le réseau physique traditionnel.

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