RDC : Colère à Kisangani

RDC : Colère à Kisangani

La nouvelle avait fait peu sensation, le 18 mai dernier. La veille au soir, un ex-soldat britannico-norvégien incarcéré depuis 2009, Joshua French, avait été libéré de la prison de Makala, à Kinshasa, et transféré en Norvège pour « raisons humanitaires », selon le ministre norvégien des Affaires étrangères, Borge Brende. C’est que, ce même 18 mai, Makala était le théâtre d’une des plus grandes évasions de détenus au monde: plus de 4000 prisonniers sur les quelque 8000 de l’établissement.

Mais la nouvelle n’est pas passé inaperçue pour tout le monde: à Kisangani, les parties civiles au procès de French protestent.

Société de sécurité

Joshua French, 35 ans, purgeait à Makala une peine de prison à vie pour le meurtre, en 2013, de son co-détenu norvégien Tjostolv Moland, retrouvé pendu. Les deux hommes avaient été, avant cela, condamnés à mort par la justice militaire de Kisangani en 2009 pour espionnage, détention illégale d’armes de guerre, vol à main armée, association de malfaiteurs et tentative de meurtre. Le second avait en outre été reconnu coupable du meurtre de leur chauffeur congolais.Les deux hommes – militaires de la garde royale de Norvège – prétendaient avoir créé une société locale de sécurité et se présentaient soit comme touristes, soit comme en prospection d’affaires.

Selon le ministre norvégien des Affaires étrangères, French a été transféré à Oslo sans bénéficier d’une mesure de grâce congolaise et la Norvège n’a pas versé de compensation financière à Kinshasa en échange de sa libération.

Protestation des avocats

Voila qui scandalise les parties civiles dans le dossier de Kisangani. Le collectif d’avocats qui les a défendues a envoyé aux chefs d’Etat de Norvège et du Congo, à leurs Premiers ministres, à leurs ministres des Affaires étrangères et de la Justice et à leurs présidents des parlements, une protestation contre le manque « d’égards » de cette procédure envers « les parties victimes (du) crime ». « Nous sommes en train de nous demander si la justice en Norvège a une coloration pour les condamnés de race blanche et une autre pour ceux de race noire », ont-ils écrit le 20 mai.

Aux yeux des avocats, le transfert de French sans compensation financière méprise « les droits des victimes, composées de veuve, orphelins, grands-parents et autres », alors que la jurisprudence, affirment-ils, veut que « le transfert des condamnés (soit) toujours soumis à la procédure de réparation des préjudices subis par les victimes ».

« Ayant entamé des négociations secrètes sans informer les victimes, ni garantir leur réparation conformément à la décision judiciaire » ayant condamné French, « les gouvernements norvégien et congolais ont délibérément privé les victimes d’attaquer en droit le transfert », ajoutent-ils. Et de demander un réexamen du dossier « surtout en faveur des parties victimes ».

Forte tension

« Les victimes », a indiqué un des avocats du collectif à La Libre Afrique.be, « n’ont même jamais bénéficié d’un accompagnement psychologique ». Selon Me Lelo Ursil, la décision de transfert a provoqué « une forte tension dans la ville de Kisangani parce que la population ne sent pas protégée par le gouvernement. Les décisions judiciaires sont foulées aux pieds ». L’avocat affirme que « plusieurs démarches ont été menées auprès des ministères de la Justice et des Affaires étrangères » congolais. « Aucune suite n’a été réservée à toutes les corespondances des parties civiles » et le ministère de la Justice a refusé de recevoir le collectif d’avocats.

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