Afrique : Il y eut un samouraï africain au Japon au XVIème siècle

Afrique : Il y eut un samouraï africain au Japon au XVIème siècle

Par MFC

Alors que le Japon accueille à Yokohama un sommet nippo-africain, on peut rappeler que l’archipel asiatique a connu ses premiers Africains durant la période du « commerce Nanban » (commerce avec les « barbares du Sud » soit, à l’origine, les Portugais et les Espagnols) qui s’étend de l’arrivée des premiers Européens (Portugais), en 1543, à leur expulsion et à l’interdiction du christianisme, en 1614.

Durant cette période, quelques rares étrangers furent faits samouraïs, c’est-à-dire membres de la classe guerrière qui dirigea le Japon durant quelque 700 ans. Parmi eux on compte deux Européens, l’Anglais William Adams et le Hollandais Jan Joosten, navigateurs travaillant pour la Compagnie hollandaise des Indes orientales, qui finançait des expéditions commerciales à travers le monde, et un Africain que l’histoire japonaise a retenu sous le nom de Yasuke ou « Kurusan Yasuke » (le noir Yasuke).

Ce dernier serait d’origine mozambicaine. Selon des lettres de missionnaires jésuites de l’époque, il serait arrivé au Japon en 1579, alors qu’il était au service du frère italien Alessandro Valignano, un missionnaire jésuite chargé de contrôler l’introduction du christianisme en Extrême-Orient, en particulier au Japon. La période du commerce Nanban avait amené au Japon nombre d’Africains mais seul Yasuke accéda à la renommée.

Grand, fort et noir

Selon les lettres de missionnaires de l’époque, son apparence attire beaucoup l’attention – comme celle des autres Africains arrivés dans l’archipel avec les commerçants et missionnaires européens qui y parvenaient. Le frère inspecteur Valignano, peu après son arrivée, intima aux missionnaires jésuites présents dans l’archipel de se conformer aux classes sociales locales, afin de ne pas être tenus en mépris par les classes dirigeantes. Certains jésuites appartenaient donc à la cour de « damyos » – seigneurs féodaux soumis au shogun (dictateur militaire) et à l’empereur qui avait nommé celui-ci – et vivaient dans le luxe, ce qui suscita des controverses au sein de l’Eglise à l’époque.

Accompagnant Frère Valignano dans ses voyages à travers le Japon, Yasuke avait vraisemblablement appris le japonais. Il fut présenté une première fois, en 1581, au damyo Oda Nobunaga, qui ordonna qu’on lavât ce « page noir » pour lui ôter sa couleur sombre. Voyant que celle-ci ne partait pas, le seigneur s’intéressa à l’homme, notable par sa taille (1,88 m, selon la chronique d’un autre damyo, ce qui était très grand à l’époque) et par sa force.

Samouraï au service du damyo

Yasuke repartit avec Frère Valignano avant de se retrouver – on ne sait comment – en 1582 au service du damyo Oda Nobunaga. On sait par la chronique de sa cour que ce dernier apprécie l’Africain, avec qui il a de longues conversations. Il lui donne une terre, qui procure des revenus à Yasuke, et l’adoube samouraï.

Désormais, Yasuke participe aux guerres du seigneur Oda. Quand ce dernier est attaqué par un de ses anciens généraux, il participe à sa défense. Le damyo sera néanmoins contraint au suicide rituel (sepukku) par son vainqueur. Yasuke se met alors au service de l’héritier du défunt, Oda Nobutada, pour lequel il combattra le même ennemi.

Ce dernier finit cependant par capturer le samouraï noir. Le général vainqueur décide que Yasuke ne doit pas être tué, comme les autres vaincus, mais envoyé à l’Eglise catholique de Kyoto. On ne dispose toutefois d’aucune source sur ce qu’il arriva ensuite au samouraï noir.

Ce dernier fait l’objet, au Japon, d’un livre pour enfants, d’un manga et d’un drame historique télévisé.

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