Les autorités camerounaises accusées de torture envers des prisonniers politiques

Les autorités camerounaises accusées de torture envers des prisonniers politiques

L’organisation non gouvernementale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a accusé mardi les autorités camerounaises d’avoir torturé et détenu secrètement plus d’une centaine de personnes au sein du secrétariat de l’État à la défense (SED) situé dans la capitale camerounaise, Yaoundé. « Ces récits crédibles de torture et d’abus au SED ne sont malheureusement pas les premiers, mais seulement les plus récents », a déclaré le directeur pour l’Afrique centrale à HRW, Lewis Mudge, dans un communiqué.

Le ministre camerounais de la Communication, René Emmanuel Sadi, a confirmé le 2 août le transfert de 224 prisonniers depuis la prison centrale vers des unités de police et de gendarmerie à Yaoundé pour y faire l’objet d’interrogatoires, sans pour autant préciser de quels centres il s’agissait.

Ce transfert faisait suite à de violents affrontements entre les détenus et les autorités lors d’une émeute au sein de la prison centrale le 22 juillet. Les détenus protestaient contre la surpopulation, les conditions de vie désastreuses et les retards dans le traitement des dossiers devant les tribunaux.

Selon HRW, nombre d’entre eux étaient détenus parce qu’ils étaient soupçonnés de faire partie de groupes séparatistes armés opérant dans les régions anglophones du Cameroun ou de les soutenir. Depuis fin 2016, un cycle de manifestations civiles dans ces régions suivies de répression gouvernementale a dégénéré en hostilités entre les forces gouvernementales et des groupes séparatistes armés, faisant plus de 2.000 morts.

Parmi les autres détenus figuraient des membres et des partisans du parti d’opposition Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

Human Rights Watch a établi qu’au moins une centaine de ces prisonniers avaient été conduits au SED. Pendant près de deux semaines, entre le 23 juillet et le 4 août derniers, le lieu où se trouvaient la majorité d’entre eux était inconnu.

« Lorsque la détention d’individus est suivie d’un refus soit de reconnaître leur détention, soit de révéler leur sort ou le lieu où ils se trouvent, cela constitue une disparition forcée, autrement dit une atteinte flagrante aux droits humains », a indiqué HRW.

Le 3 août, soit le lendemain de la reconnaissance officielle du lieu de détention des hommes, certains avocats ont enfin pu rencontrer certains de leurs clients au SED, a précisé l’ONG.

« Je me suis entretenu avec mes clients le 6 août à l’extérieur du tribunal. J’ai vu des horreurs. Ils avaient tous des cicatrices sur le corps à cause de la torture subie au SED, et des blessures à la tête. Ils m’ont aussi dit avoir été interrogés sous la menace d’une arme », a commenté un des avocats, qui représente huit prisonniers.

Ces révélations interviennent alors qu’un tribunal militaire de Yaoundé a condamné mardi à la prison à vie le leader des séparatistes anglophones au Cameroun, Julius Ayuk Tabe, ainsi que de neuf de ses partisans.​

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