Littérature : Le voleur d’eau, intense et aérien

Littérature : Le voleur d’eau, intense et aérien

Virtuose, Claire Hajaj signe un deuxième roman passionnant. Où l’humanité le dispute à la force des sentiments.

Lorsqu’il quitte Londres pour faire du bénévolat en Afrique, à la mort de son père, Nick, jeune architecte idéaliste, ne soupçonne pas encore les grands bouleversements que ce départ entraînera dans son existence. Fiancé à la jeune Kate, il lui explique à quel point ce voyage compte pour lui. La douce et belle promise patientera. Un an, c’est vite passé. Construire un hôpital pour des enfants, c’est important. Comment refuser?

Plongé dans une culture qu’il ne connaît pas, et rapidement troublé par la force des sentiments qu’il éprouve pour l’épouse européenne, éteinte et fascinante, du Dr Ahmed, auquel il voue une grande admiration, Nicholas va surtout vivre un grand voyage intérieur, renouer avec un passé qu’il croyait oublié, chercher en vain, et post mortem, la reconnaissance paternelle et tenter d’obtenir la rédemption pour cet ami, Madi, qu’il a laissé mourir, par lâcheté.

Lorsque qu’une sécheresse meurtrière exacerbe les pires travers des hommes, il risque de ne pas prendre les bonnes décisions, pris en étau entre ses conflits personnels.

Avec Le voleur d’eau, Claire Hajaj signe un roman magnifique, qui emporte d’emblée le lecteur, tant pour le récit que pour l’écriture, d’une belle virtuosité. Sa plume, empreinte de délicatesse et de richesse, traduit l’Afrique, le ciel lourd de poussière, le bêlement des chèvres, les nuages d’insectes nocturnes, et la chaleur, bien sûr. Voilà pour les signes extérieurs d’acclimatation. Mais les enjeux se nichent parfois ailleurs, au sein d’une population dont l’étranger ne peut toujours saisir les intérêts, l’urgence, les croyances, les malversations et la cruauté.

Il ne suffit pas, hélas, d’avoir bon cœur pour bien faire. Nick l’apprendra à ses dépens et ses impulsions, même louables, pourraient avoir des conséquences désastreuses.

A deux voix

Née en 1973, et baignée dans la culture juive et palestinienne, Claire Hajaj, dont Le voleur d’eau est le deuxième roman, après La maison aux orangers (Les Escales, 2018, livre de poche, 2019), travaille pour l’Onu dans les zones de guerre. Cette connaissance des terrains hostiles transparaît dans son récit. Elle semble, en outre, bien cerner la nature humaine tant elle parvient à doter ses personnages d’une certaine épaisseur et d’une intéressante complexité. Présent, leur passé ne cesse de les rattraper et d’influencer leur comportement.

L’histoire, racontée à deux voix, celle d’un narrateur, à la troisième personne, et du petit Jojo, à la première personne, ne manque, selon ces divers points de vue, ni de tension ni de rebondissements, et montre combien le sentiment de trahison peut, sans prévenir, devenir le lit de la violence.

D’une belle et juste intensité.

*** Le voleur d’eau, Claire Hajaj, roman, Les Escales, 416 pp; env. 21,90 €.

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