RDC: Les sanctions européennes font réagir

RDC: Les sanctions européennes font réagir

En décembre dernier, après les premières sanctions européennes individuelles contre sept personnalités congolaises, Kinshasa les avait qualifiées, par la bouche du ministre de l’Information, Lambert Mende, d’ »illégales” et “aux antipodes du droit international”. S’étant aperçues qu’il n’en était rien, les autorités congolaises étaient plus discrètes mardi, au lendemain de l’annonce de nouvelles sanctions européennes contre neuf autres personnalités congolaises, généralement impliquées dans la sanglante répression au Kasaï.

Le site Actualités.cd, citant un membre du cabinet du ministre des Affaires étrangères, She Okitundu, rentré lundi soir à Kinshasa, annonçait mardi une réaction “très forte” du gouvernement, qui ne nous était pas connue mardi soir.

Viser Joseph Kabila?

Rappelons que deux ministres figurent parmi les nouveaux ciblés, Lambert Mende et son collègue de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadari, ainsi que le prédécesseur de celui-ci, Evariste Boshab. Deux gouverneurs, ceux du Kasaï central et du Haut Katanga, sont également visés, ainsi que le chef du service de renseignement, Kalev Mutond; deux militaires, les généraux “Mundos” et Ruhorimbere; et le chef de milice katangais Gédéon Kyungu.

La réaction la plus remarquée a été celle du secrétaire général du parti d’opposition UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, qui a fait part à Actualités.cd de sa “grande joie” que l’UE ait pris ces sanctions et l’appelle à les élargir “pour cibler d’autres personnalités qui ne sont pas encore inquiétées”. “Nous serons heureux d’entendre que l’UE a ciblé directement Joseph Kabila”, qui multiplie les manœuvres pour ne pas quitter le pouvoir malgré la fin de son dernier mandat légal le 19 décembre 2016.

Les sanction « les touchent très fort”

Sur les réseaux sociaux, les avis se partageaient entre ceux qui applaudissaient à l’annonce des sanctions contre ces neuf personnes – voire demandaient qu’elles soient “élargies” – et des partisans de ces dernières, qui y voyaient une “ingérence” dans les affaires congolaises.

“La plupart des Congolais les apprécient parce qu’elles sont vues comme visant à protéger la population”, nous dit une source au Katanga. “Il y a des mouvements d’humeur vis-à-vis de Belges de la part du camp officiel, surtout de la part des personnes visées”, nous dit un compatriote. “Ces sanctions les touchent très fort parce que plusieurs d’entre eux ont des enfants en Belgique”. On cite ainsi le cas d’Evariste Boshab, “qui se considère comme un citoyen de Louvain-la-Neuve”, où il a fait ses études de droit et “a longtemps joui de l’estime des professeurs de la faculté de Droit”, ou de Lambert Mende, qui a un fils musicien – et Belge – à Bruxelles, où il était arrivé lorsque son père était opposant à Mobutu.

Joseph Kabila à Kananga

Les projecteurs officiels étaient, eux, braqués sur Kananga (Kasaï central), où le président Kabila est arrivé mardi après-midi – première manifestation de sa préoccupation pour le Kasaï. « Il n’a jamais adressé à ce peuple un message de compassion, ni de condoleances depuis l’assassinat du Grand Chef Kamwina Nsapu », nous dit une source kasaïenne, ou après « les massacres perpétrés dans la ville de Kananga entre le 27 et 31 mars 2017 ».

C’est la situation dans cette région, plongée dans de sanglantes violences depuis un an, qui a motivé les sanctions européennes.

Parmi les personnalités venues l’accueillir figurait le successeur du chef coutumier tué par les forces de l’ordre le 12 août dernier. C’est sa révolte contre le refus des autorités de reconnaître sa nomination selon la tradition qui avait lancé l’insurrection paysanne qui frappe maintenant plusieurs provinces.

Que pensez-vous de cet article?