Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, militaire de carrière, soufi et président de la Mauritanie

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, militaire de carrière, soufi et président de la Mauritanie

Sa précoce revendication de victoire lui avait valu en juin d’être dépeint par ses adversaires en incurable putschiste. Mais l’ex-général Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en prêtant serment jeudi, a parachevé la première transition présidentielle pacifique en Mauritanie, où les coups d’Etat furent longtemps la règle.

Après, selon ses propres termes, une décennie « bénie » de pouvoir de son compagnon d’armes, Mohamed Ould Abdel Aziz, rencontré il y a 40 ans à l’Académie royale militaire de Meknès (Maroc), il lui a succédé devant quelque 5.000 invités, dont 11 chefs d’Etat africains.

« Je jure de remplir mes fonctions en toute impartialité et dans le respect des lois et de la Constitution », a solennellement déclaré cet homme de 62 ans au crâne rasé, aux lunettes sans monture et à la silhouette ascétique, réputé pour sa discrétion et ses bonnes manières, vainqueur dès le premier tour le 22 juin.

Se disant « le président de tous » les Mauritaniens, il a rappelé que la sécurité du pays restait la priorité, comme sous son prédécesseur, promettant de « renforcer les capacités de l’armée ».

Cet ancien chef d’état-major (2008-2018) est considéré comme le principal artisan du succès de l’armée et des services de sécurité en Mauritanie, qui n’a plus subi d’attentat jihadiste depuis 2011.

Issu d’une lignée maraboutique de la préfecture de Boumdeid (centre sud), chef-lieu traditionnel de la Chadhiliya, puissante confrérie musulmane soufie, père de trois garçons et trois filles, il appartient à la tribu des Ideiboussat, connue à la fois pour sa richesse, sa discrétion et son influence.

Généralement impassible, y compris face à l’exubérance de la campagne électorale, il s’est très rarement prêté à l’exercice de l’interview. Lors de la cérémonie de prestation de serment jeudi, son visage semblait éclairé, presque joyeux, selon un correspondant de l’AFP.

– « Pas un homme de paille » –

Après le putsch contre le président Maaouiya Ould Taya (1984-2005), M. El Ghazouani est nommé directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), un poste stratégique qui permettra à ce spécialiste du renseignement militaire de développer ses réseaux.

Il devient chef d’état-major peu avant le coup d’Etat de 2008 qui porte au pouvoir Mohamed Ould Abdel Aziz. Il dirigera l’armée jusqu’à son départ en octobre 2018, avant un passage au gouvernement comme ministre de la Défense, de novembre à mars 2019.

C’est ce passé putschiste qu’incriminent ses adversaires de l’opposition, criant au « coup d’Etat » lorsqu’au terme d’une veillée électorale, le 23 juin avant l’aube, M. El Ghazouani se déclare élu au premier tour, sur la base de résultats encore partiels et en cours de compilation. Sa victoire sera ensuite confirmée par le Conseil constitutionnel, qui a rejeté les recours de l’opposition.

Ses détracteurs l’accusent aussi d’avoir été adoubé par le président sortant pour assurer ses arrières lorsqu’il aura quitté le pouvoir.

Mais les connaisseurs de la politique mauritanienne estiment cet homme réputé pour sa courtoisie parfaitement capable d’imposer sa marque.

« Il est très structuré et était très apprécié dans l’armée mauritanienne. Ce n’est pas du tout un homme de paille », avait expliqué à l’AFP Alain Antil, expert à l’Institut français de relations internationales (Ifri).

Jeudi, lors de son premier discours de président, il s’est engagé à réduire les disparités sociales à travers des « programmes de développement ciblant les plus faibles et les couches marginalisées » de la population, un objectif que n’a pas atteint le président Aziz.

Il faisait référence aux écarts persistants de la société mauritanienne entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d’esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d’ethnies subsahariennes.​

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