Blick Bassy chante l’histoire des héros de la nation camerounaise

Blick Bassy chante l’histoire des héros de la nation camerounaise

La tournée européenne de Blick Bassy passe par Floreffe, en Belgique, ce samedi. Le festival Esperanzah! est l’écrin idéal pour  » 1958 « , album fait d’espoir en un meilleur destin. Le musicien y rend hommage aux héros de l’indépendance camerounaise. Il nous a parlé de sa genèse. (vidéos)

Ne pas se fier à la douceur de cette voix. L’homme qui chante sert de promontoire à une statue le poing levé, illustrant la pochette de son album. Et l’ami (“Ngwa” en VO) auquel il se réfère est le héros disparu qui a lutté pour l’indépendance et l’unité du pays dans les années 50. Tout l’album 1958 du quadragénaire Blick Bassy rend hommage à Ruben Um Nyobe, alias Mpodol, leader-martyr de la révolution camerounaise, assassiné en pleine forêt par des militaires français le 13 septembre de cette sombre année.

Grâce à l’émotion qu’il charrie, à ses ballades majestueuses, ses mélodies envoûtantes et ses suppliques déchirantes, l’opus s’est frayé un chemin jusqu’en Chine.

Les deux versants de l’Histoire

Adossée au trombone et au violoncelle, la voix singulière de Blick Bassy, tantôt aiguë, tantôt gutturale, imprime le rythme de ce récit organique autour des héros d’une révolution que certains veulent oublier. Face aux mémoires ensablées, à l’histoire en friche et à l’ignorance qui progresse, le musicien cherche à mobiliser la jeunesse. Ses textes traduisent la douleur de la perte, les espoirs postposés, passant de la douceur des souvenirs à la colère sourde, endiguée avec force…

“Je préfère avancer des arguments car je sais que les opinions peuvent changer. C’est important pour moi que cela passe par la discussion plutôt que par la colère qui crispe et peut gâcher le jeu. Je pense qu’il est important que le message passe par les échanges, le partage car, de toute manière, nous sommes condamnés à vivre ensemble : le Cameroun a un passé et un avenir communs avec la France. La Francophonie, dans les prochaines années, sera très majoritairement africaine, vu la démographie du continent, il faut donc que nous nous conduisions en adultes. Je suis prêt à discuter même avec quelqu’un qui a de la haine pour moi car celui qui a une opinion négative pourrait changer d’avis, demain.” Une sagesse et une analyse que trahissent ses onze nouvelles chansons.

La première fois que Blick Bassy a entendu parler de Mpodol (“celui qui porte la parole des siens”, en langue bassa), c’était par sa mère. “Comme nous étions des gamins têtus, elle nous racontait des contes tous les jours, en fonction de ce qu’elle voulait nous encourager à faire ou à éviter. Elle nous a raconté que, durant presque deux ans, elle a dormi dans la forêt avec son père, passant d’un lieu à un autre car mon grand-père craignait d’être arrêté et torturé. Ils venaient du village voisin de Ruben Um Nyobe, tous les adultes y étaient considérés comme des partisans, des maquisards. Tout le monde fuyait et se cachait dans la forêt. J’avais 8 ans et, pour moi, cette histoire résonnait comme un conte. Quand je suis arrivé au lycée, on m’a expliqué qu’Um Nyobe et ses compagnons maquisards étaient des terroristes. Or l’UPC, parti fondé par Nyobe et ses compères, était le seul parti soutenu par les gens de mon village. Tout le monde parlait de lui comme d’un héros. Je ne comprenais pas pourquoi les livres d’histoire le traitaient de terroriste. C’est comme ça que je me suis souvenu de cette histoire racontée par ma mère et que je lui en ai reparlé.”

Pas de percussions, juste l’émotion

Le choix des instruments de son album est dicté par la même quête d’authenticité.

“Je suis depuis quelques années dans une démarche d’émancipation par rapport aux standards imposés ; je me bats pour être moi-même dans une société qui nous rappelle à l’ordre tous les jours à travers des images, des couleurs, des produits, etc. Dans ma musique, cela passe par le fait de décider que le rythme va être porté par la langue, la guitare, par un trombone ou un violoncelle : des instruments qui ne sont pas censés être porteurs du rythme.”

Dans cette démarche, Blick Bassy veut redéfinir les choses à sa manière : “J’ai choisi des instruments que j’aime et qui valorisent encore mieux l’émotion que je voulais faire passer.” “Le trombone me rappelle l’arrivée du train au village. Toute la gare offrait une scène magnifique là où d’ordinaire, le calme régnait et où tous s’adonnaient à l’activité champêtre.”

Blick Bassy se dit très chanceux d’avoir été persuadé, avant même son bac, que la musique serait le métier de sa vie. “Mes parents ne comprenaient pas ce choix vu l’état du secteur musical au Cameroun. J’ai refusé trois opportunités de bourses en Occident mais j’ai dit à mon père que grâce à mon métier, j’irais dans tous ces pays où il voulait m’envoyer.” La suite de l’histoire lui a donné raison.

Entretien: Karin Tshidimba

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