Maroc: grand rituel d’allégeance pour les 20 ans de règne du roi

Maroc: grand rituel d’allégeance pour les 20 ans de règne du roi

Après les traditionnels discours et banquets, les célébrations pour les 20 ans de règne du roi Mohammed VI culminent mercredi avec le grand rituel annuel d’allégeance destiné depuis les années 30 à glorifier la monarchie marocaine.

Mardi, le monarque âgé de 55 ans, a donné une grande réception dans le parc de son palais à Tanger. Avec son fils aîné, Moulay Hassan, 16 ans, vêtu comme lui de la traditionnelle djellaba blanche et coiffé d’un tarbouche rouge, il a salué des centaines d’invités. Dans la soirée, ses soeurs ont présidé un dîner « en l’honneur des femmes ».

La journée de mercredi prévoit la traditionnelle prestation de serment des nouveaux officiers, dans la cour d’honneur du palais de Tétouan (nord), puis l’impressionnante cérémonie d’allégeance (Bey’a). Seuls les médias officiels marocains sont autorisés à couvrir ces célébrations.

Depuis son palais de Tanger, Mohammed VI a annoncé lundi soir dans son discours à la Nation une « étape nouvelle » pour réduire les « disparités criantes », après avoir salué les progrès accomplis.

Dans un décor très solennel, le roi a lu un long texte décrit par plusieurs médias locaux comme une « évaluation lucide » de la situation de son pays.

– « Inégalitaire » –

Signe de ses pouvoirs très étendus qui font de lui un roi qui règne et qui gouverne, Mohammed VI a notamment annoncé un remaniement gouvernemental « à l’horizon de la rentrée prochaine » pour apporter du « sang neuf » .

Le Maroc est un des pays les plus inégalitaires du nord de l’Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire de la planète, selon l’ONG Oxfam.

Le taux de chômage reste proche de 10% et atteint 39% chez les moins de 24 ans, l’accès à des soins de qualité reste problématique dans les régions reculées, le niveau d’instruction reste très bas et un Marocain sur trois est analphabète, selon les chiffres officiels.

Le presse marocaine a salué l’annonce de réformes: « Réformes bulldozer » titre l’Economiste, « remaniement en quête d’un nouveau souffle » estiment Les Ecos, « combat de l’avenir » estime le quotidien Al Ahdath al Maghribia.

Comme le veut la tradition, le discours royal a été suivi par une série de grâces, dont huit concernent des hommes condamnés pour avoir protesté contre les lourdes condamnations judiciaires sanctionnant le mouvement de protestation du Hirak qui avait agité la région du Rif (nord) en 2016-2017, selon une association des familles de détenus.

La liste de 4764 grâces n’inclue aucun des meneurs du Hirak: Nasser Zefzafi, ancien chômeur devenu le visage de la protestation grâce à ses talents oratoires, puis condamné à 20 ans de prison pour « ‘atteinte à la sûreté de l’Etat » est donc toujours en prison, selon la même source.

Alors que des associations des droits humains pointent une « régression » depuis l’épisode du Hirak, Mohammed VI qui a succédé en 1999 à son père Hassan II, s’est entre autres félicité dans son discours de la « consolidation des droits et des libertés ».

– Allégeance –

La Fête du trône remonte aux années 1930, époque du protectorat français où les nationalistes marocains considéraient la monarchie comme un symbole de souveraineté.

La célébration exige que chacun « réitère son attachement indéfectible au Maroc et au glorieux trône Alaouite », selon la formule consacrée. Les grandes entreprises publiques ou privées du pays diffusent dans la presse des pages entières de félicitations et d’allégeance.

Pendant la Bey’a, des centaines de dignitaires, élus, hauts responsables ou fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, habillés en djellabas blanches à capuche pointues, alignés en rangs serrés dans la cour d’honneur d’un palais, se prosternent devant le souverain entouré des gardes en criant « que Dieu accorde longue vie à notre Seigneur ».

On a vu par le passé cette foule attendre immobile sous un soleil de plomb l’arrivée du roi, en voiture décapotable ou sur un pur sang tenu par les serviteurs du palais coiffés de tarbouches rouges, l’un portant un large parasol mauve destiné à le protéger du soleil. Une salve de cinq coups de canon conclut le programme.

Des détracteurs ont par le passé appelé à l’abolition de ce rituel décrit comme une pratique humiliante d’un autre âge.

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