Le paradoxe congolais

Le paradoxe congolais

Editorial par Hubert Leclercq

La République démocratique du Congo tient son futur gouvernement… ou presque.

Six mois après l’investiture du lauréat de la présidentielle, Félix Tshisekedi Tshilombo, les deux composantes de la majorité congolaise (le FCC de Kabila et le Cach de Tshisekedi) se sont enfin entendues sur la composition de cet exécutif. Si Félix Tshisekedi a été désigné vainqueur de la présidentielle, le pouvoir législatif est entièrement aux mains de la plate-forme politique de l’ancien président Joseph Kabila. Le FCC, son Front commun pour le Congo, peut se targuer de disposer de 90 % des sénateurs et de plus de 70 % des députés nationaux. Heureux pays où la “maturité politique” des électeurs autorise des résultats aussi complexes… sans que la structure chargée d’organiser le scrutin (la Commission électorale nationale indépendante – Ceni) éprouve même le besoin de publier le moindre procès-verbal des scrutins. Pourquoi le ferait-elle, puisque la population s’est résignée à accepter ce verdict sans preuve et que la communauté internationale, au nom du refus de l’ingérence et de la sacro-sainte realpolitik, a cautionné la fraude ?

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Dans ce « paradis de la démocratie », la famille qui a perdu la présidentielle détient donc tous les pouvoirs, s’arrogeant même les perchoirs du Sénat, de l’Assemblée nationale et de pratiquement toutes les assemblées provinciales. Le président proclamé doit se contenter des miettes et dispose tout au plus d’un certain niveau de veto sur les candidats ministres que lui impose Kabila. Le paradoxe de cette cohabitation congolaise réside dans le fait que, malgré cette absence de pouvoir de l’homme installé à la présidence, malgré la mainmise de la kabilie sur toutes les institutions, l’aura de l’ex-raïs s’estompe, son pouvoir s’étiole et son clan s’effrite. Un jeu de dupes généralisé qui pousse les principaux acteurs à vider rapidement les caisses de l’État sur l’autel du “on ne sait pas combien de temps cela va durer”, tandis que la toute grande majorité des 80 millions de Congolais vit dans le dénuement le plus total.

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