La paix, le train, des poissons: au Congo, le Pool tente de sortir la tête de l’eau

La paix, le train, des poissons: au Congo, le Pool tente de sortir la tête de l’eau

« Le train a repris. C’est la paix », lance le chef de gare de Mindouli dans le département du Pool entre Brazzaville et Pointe-Noire, région rebelle où un conflit armé en 2016-2017 a aggravé les séquelles de la crise économique qui plombe le Congo.

Dans le souvenir des cheminots, les hostilités entre l’armée régulière et les milices du pasteur Ntumi ont commencé le long des rails du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO): « Le 30 septembre 2016, un train a été attaqué. Le conducteur est mort ».

Et le trafic a été interrompu jusqu’en novembre 2018. Aujourd’hui la reprise du trafic est assez poussive, et ne concerne que les trains de marchandises. « En moyenne nous avons cinq trains par jour. Avant les événements socio-politiques, il y avait trois fois plus de trafic », reprend Didier, le chef de gare.

Le prochain train qui vient de partir de Pointe-Noire ne passera pas avant plusieurs heures sur la voie à sens unique où poussent des herbes folles. Malgré l’absence de passagers, quelques commerçantes ont installé leur parasol et leur étal devant l’ancienne gare de l’époque coloniale, complètement en ruine (les stigmates de l’autre conflit de 1998-2003, parti de Mindouli).

« La vie reprend. Les habitants aspirent à la paix », résume le sous-préfet Francis Hochard Tela, entre deux visites dans les villages de son district pour « refixer les règles de vie commune et rétablir l’autorité de l’État ».

A la gare, des cheminots tombent sur la une d’un journal de la veille qui revient sur l’accord que le Congo vient de passer avec le Fonds monétaire international (FMI). Il est question de réformer le CFCO, victime comme les autres entreprises publiques de la crise économique et de « mauvaise gestion », d’après les Dépêches de Brazzaville.

« A cela s’ajoute l’accident près de Pointe-Noire qui a affecté les installations et fait plusieurs morts », ajoute le journal. Au moins 13 personnes, principalement des passagers clandestins, ont été tués le 30 juin dans la collision entre deux convois.

– Loco fatiguée –

« Cette réforme, nous la souhaitons. Les trains circulent mal. La voie vieillit. Le matériel roulant aussi. Nous avons des locomotives qui ne cessent de faillir à n’importe quel moment », commente un cheminot.

Le journal parle aussi des salaires et des cotisations sociales qui ne sont pas versés régulièrement. Les cheminots confirment: « Pour l’année 2019, nous n’avons touché que trois salaires sur sept ».

« Comment faire travailler quelqu’un qui est affamé? » ajoute un cadre. Originaire de Brazzaville, un autre affirme dormir dans son bureau, faute de pouvoir se loger ailleurs.

Le légendaire CFCO, héritage douloureux de la colonisation française, subit de plus la concurrence de la nouvelle route nationale 1 à péage Brazzaville-Pointe Noire, co-construite par le français Egis et une société chinoise.

Le train reste compétitif: « Nous évacuons notre marchandise par train. C’est moins cher que la route, avec une différence de 4 à 5.000 francs CFA (6 à 7,5 euros) par tonne », affirme Clément Ahialey Mawuli, le patron de la toute nouvelle cimenterie Diamond Cement.

Opérationnelle depuis janvier 2018, cette gigantesque usine, installée à deux km de Mindouli, affirme pouvoir donner du travail à plusieurs centaines de personnes dans la région.

– Deux euros par jour –

Cela va faire du bien à l’économie locale, qui sort doucement de sa léthargie. Au marché, les bananes et la « chikwangue » (bâton de manioc) se vendent pour quelques centaines de francs CFA (quelques dizaines de centimes d’euros). Des notes de rumbas s’échappent des bars à la nuit tombée, comme chez les « Zaïrois » – la frontière avec la République démocratique du Congo, ex-Zaïre, se trouve à quelques centaines de mètres.

Des traces du conflit et de la crise sont encore visibles. Plusieurs dizaines de personnes dites « vulnérables » font la queue devant les locaux du Programme alimentaire mondial (PAM), dans l’attente d’une aide. Beaucoup prétendent être d’anciens déplacés (138.000 au total d’après le chiffre des ONG).

A Mindouli, le PAM ne fait pas que distribuer une aide en nature ou en espèce. L’agence de l’ONU réhabilite aussi avec un partenaire local les étangs piscicoles de la région abandonnés aux herbes folles ces dernières années.

Sur un site à l’écart du village, trois bassins de 50 mètres sur 50, séparés par des digues tracées au cordeau, sont déjà remplis d’eau et n’attendent plus que leur « empoissonnement » dans les prochains jours.

Au fond d’une quatrième cuvette encore à sec, des dizaines de journaliers sarclent et curent le sol, pour 1.500 francs CFA par jour (2,25 euros).

De l’autre côté de la digue, des femmes arrosent des plants de tomates et de choux.

Jadis, on surnommait le Pool « le grenier de Brazzaville ».​

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