Aux origines de Tantale, grand maître de nos portables, né en RDC

Aux origines de Tantale, grand maître de nos portables, né en RDC

Un album retrace le parcours mouvementé du métal rare, extrait par des creuseurs souvent très jeunes, en République démocratique du Congo, et lové au creux de nos poches. Un récit édifiant.

Quand les humains se conduisent comme des têtes de pioche peut-être que seule la roche peut leur faire entendre raison ? C’est l’idée de départ de Moi, c’est Tantale***, un bel album destiné aux (pré)adolescents qui conviendra aussi bien à leurs parents. Avec ses grandes illustrations en rouge, noir et blanc, signées Julien Castanié et ses textes mis en forme par André Marois, ce livre démonte les mécanismes tortueux du trafic mondial autour d’un des métaux les plus convoités : le tantale.

De l’extraction au recyclage (ou pas)

Tout commence dans la pénombre d’une galerie souterraine où Norbert, gamin congolais de 10 ans, s’échine 12h par jour pour quelques dollars à peine. Nous sommes au Kivu en République démocratique du Congo. Étape par étape, nous suivons toutes les transformations qui, « au prix de litres de sueur et de tonnes d’efforts », permettent d’extraire le précieux métal de la roche.

Vient ensuite l’étape de la transformation et c’est un adolescent installé à des milliers de kilomètres de là qui poursuit le récit. Âgé de 16 ans, Wang récupère le tantale transformé lors de son voyage au Japon et à Shenzen, sa première étape chinoise. Dans cet atelier où il travaille à la chaîne, Wang assemble des téléphones intelligents.

Arrive le moment de la consécration : lorsque Tantale arrive tout enrubanné au pied du sapin de Thomas qui l’attend depuis des mois. Entre deux selfies, deux vidéos et deux recherches sur Wikipédia, Tantale, niché au cœur de son portable, va tenter de lui ouvrir les yeux sur la réalité et les secrets de fabrication de son précieux téléphone.

Étymologie, découvertes scientifiques, questions environnementales et défi du recyclage (ou pas…), après une malheureuse chute à l’eau, voilà Tantale de retour en Chine, auprès de la jeune Lian, experte en la matière. De main en main, on suit donc le cycle de vie de ce métal rare, ce composant unique dont les experts prévoient pourtant l’épuisement vers 2038…

Paru aux éditions de l’Isatis, cet album jeunesse écrit à hauteur d’hommes et d’objet permet une prise de conscience de l’ampleur du problème écologique et une réflexion en profondeur sur la provenance exacte des objets précieux qui ne nous quittent pas… Il a été finaliste du Prix Hubert Reeves 2019.

{1} Moi c’est Tantale Album De André Marois et Julien Castanié, Ed. de l’Isatis, 56 pp. Prix env. 18 €

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