RDC : Lambert Mende sur un siège éjectable

RDC : Lambert Mende sur un siège éjectable

Par Marie-France Cros.

Peu d’élections de gouverneur par l’assemblée provinciale auront suscité autant d’attention que celle du Sankuru (centre de la RDC), annoncée pour ce 20 juillet après avoir été reportée une demi-douzaine de fois depuis avril et donné lieu à de nombreux rebondissements.

Elle met en scène, principalement, Lambert Mende (FCC, coalition kabiliste), le ministre ayant la plus grande longévité dans les gouvernements de Joseph Kabila, le plus souvent à la Communication, qui n’a eu de cesse de faire invalider son adversaire, un jeune inconnu se présentant sous l’étiquette d' »indépendant », Stéphane Mukumadi.

Dès février, Henri Mova, envoyé en éclaireur par le parti de Joseph Kabila, le PPRD, désamorcer les tensions au Sankuru, avait souligné les risques d’embrasement de la province autour de la rivalité entre Lambert Mende et un inconnu en politique, Stéphane Mukumadi, que les pro-Mende assurent être soutenu en sous-main par Leonard She Okitundu, ministre des Affaires étrangères jusqu’en mars 2019.

Un candidat unique…

Dans les semaines qui suivent, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni, notoirement fidèle à Joseph Kabila), invalide la candidature du challenger au motif qu’il détiendrait la nationalité française, ce qui le prive automatiquement de sa nationalité congolaise. Voilà Mende candidat unique au poste qu’il convoite, une situation qui provoque des manifestations de protestation dans la province.

La position de la Ceni est confirmée par la Cour d’appel de Lusambo, capitale du Sankuru, mais… cassée par le Conseil d’Etat, immédiatement canardé par le Conseil supérieur de la Magistrature (qui déclare cet arrêt « inexistant », donc non applicable), bien que celui-ci n’ait pas voix au chapitre, n’étant qu’un organe de gestion administrative, budgétaire et de discipline du pouvoir judiciaire, et non un organe juridictionnel, comme le lui rappellera sèchement le président du Conseil d’Etat, le professeur Félix Vunduawe Te Pemako.

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… Ou deux candidats?

Revoilà deux candidats et les partisans de Mende, au Sankuru, se livrent à des violences. Le vote, prévu le 10, est reporté au 13 avril; mais ce jour-là, 16 députés provinciaux, sur les 25 qui doivent choisir le gouverneur de la province, refusent de siéger s’il n’y a qu’un candidat. Le vote est reporté au 15 mais, le 14, le président Félix Tshisekedi le suspend et rappelle à Kinshasa Lambert Mende, qui déclare urbi et orbi que si le chef d’Etat lui demande de se retirer, il ne cèdera pas.

Au Sankuru, le report du vote est accueilli dans la liesse populaire. Le 15, quatre incendies volontaires et presque simultanés visent des personnes et des biens du diocèse de Tshumbe, dont l’évêque a appuyé les protestations contre une candidature unique de gouverneur.

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Un diamant de 87 carats

Le 19 mai, Lambert Mende est interpellé brutalement par la police à Kinshasa et le ministre intérimaire de l’Intérieur, Basile Olongo – originaire du Sankuru – l’accuse de détention illégale d’un diamant de 87 carats appartenant à des creuseurs artisanaux, illégale puisque Mende n’a pas la carte de négociant qui l’autoriserait à le vendre.

Les réseaux sociaux ricanent à plaisir sur la brutalité dont se plaint l’ancien ministre et porte-parole du gouvernement, lui qui avait si souvent justifié celle-ci quand elle était appliquée à des opposants. Mais la nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, la PPRD Jeanine Mabunda, demande des sanctions contre les policiers qui ont interpellé un député sans souci de son immunité. Une ONG demande l’ouverture d’une enquête sur l’affaire, tandis que Lambert Mende produit un certificat assurant que le diamant saisi chez lui n’en est en réalité pas un; il n’est donc pas susceptible d’être poursuivi.

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Fin juin, la Ceni annonce les deux candidatures; Mende proclame qu’il va saisir la Cour constitutionnelle. Alors que circule sur les réseaux sociaux un avertissement d’une « Jeunesse du Sankutu » selon lequel le PPRD (parti de Joseph Kabila) envoie à Lusambo, la capitale provinciale, quelques grosses pointures et de l’argent pour convaincre les députés provinciaux de voter Mende, le président de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, considérée comme pro-kabiliste) annonce le report du vote prévu le 10 juillet quelques heures avant son ouverture. Il justifie sa décision par des raisons d’ordre « logistique et opérationnel ».

Corruption inégalée

Les élections provinciales dans leur ensemble ont été marquées par une corruption inégalée, qui a suscité l’indignation dans un pays qui en a pourtant vu de belles en la matière. Quelque 80% des gouverneurs sont aujourd’hui kabilistes bien que cette tendance politique ait été clairement rejetée lors des élections du 30 décembre 2018.

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