Afrique du Sud : Johnny Clegg, le Zoulou blanc s’en est allé

Afrique du Sud : Johnny Clegg, le Zoulou blanc s’en est allé

Le musicien sud-africain Johnny Clegg, surnommé le « Zoulou blanc », est mort, ce mardi 16 juillet, d’un cancer, a annoncé son manager à la chaîne de télévision publique SABC. Sa chanson « Asimbonanga » avait fait le tour du monde et était devenue l’hymne de la lutte anti-apartheid, bravant toutes les censures dans son propre pays. (vidéos)

« Johnny est décédé paisiblement aujourd’hui, entouré de sa famille à Johannesburg (…), après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer », a déclaré Rodd Quinn, le manager de l’artiste âgé de 66 ans. « Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant, a-t-il ajouté dans un communiqué. Il nous a montré ce que cela signifiait d’embrasser d’autres cultures sans perdre son identité. »

Chanteur engagé contre l’apartheid, Johnny Clegg a connu le succès près de dix ans après le lancement de son premier groupe Juluka, en 1979, avec son compagnon de route Sipho Mchunu. Le groupe donne alors des concerts clandestins dans des églises ou des foyers de travailleurs. En 1988, sa chanson Asimbonanga (« Nous ne l’avons pas vu ») dédiée à Nelson Mandela, devient un hymne « révolutionnaire » et braque les projecteurs de la planète sur celui qui est prisonnier depuis 24 ans à Robben Island et dont les photos sont interdites à travers tout le pays.

Avec son deuxième groupe Savuka, Johnny Clegg a puisé dans la culture zoulou l’inspiration pour concevoir une musique révolutionnaire, où les rythmes africains cohabitent avec guitare, clavier électrique et accordéon. L’album Third World child devient un succès international, porté par un second titre: The Scatterlings of Africa. Des titres censurés en Afrique du Sud puisque l’apartheid interdisait non seulement les mélanges ethniques mais aussi ceux des langues, en l’occurrence l’anglais et le zoulou. Passionné par la culture zouloue qu’il a d’abord étudié en sa qualité d’anthropologue, Johnny Clegg en avait épousé non seulement les chants mais aussi les danses traditionnelles.

Né en 1953 au Royaume-Uni d’un père britannique et d’une mère zimbabwéenne, chanteuse de jazz, Johnny Clegg débarque à l’âge de 7 ans dans une Afrique du Sud dont il ne tarde pas à défier les frontières linguistiques, idéologiques et culturelles, viscéralement attiré par la culture, les chants et les danses de la majorité noire opprimée. Sa plus grande émotion, il l’a vécue sur scène, en 1997, lorsque Nelson Mandela lui a fait la surprise de le rejoindre en plein concert à Francfort, dansant et chantant avec lui « Asimbonanga« .

En 2017, se sachant condamné par le cancer, Johnny Clegg avait bouclé une tournée d’adieu et avait accepté de se raconter dans un documentaire émouvant diffusé le mois dernier sur la chaîne européenne Arte.

La Fondation Nelson Mandela vient de rendre hommage à l’artiste à la fois « icône musicale et combattant pour la liberté. Nous continuerons à chanter Asimbonanga et à lutter pour le pays de ses rêves » a précisé la Fondation sur twitter.

Karin Tshidimba (avec Afp)

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