RDC: Les cibles des nouvelles sanctions européennes

RDC: Les cibles des nouvelles sanctions européennes

La liste circulait depuis plusieurs jours. Elle a été officialisée ce lundi 29 mai en milieu d’après-midi.

Les cibles congolaises des nouvelles sanctions  de l’Union européenne sont les suivantes:

  1. EVARISTE BOSHAB

L’ex-ministre de l’Intérieur  (déc. 14 à déc. 16) a joué un rôle important dans la répression, estime l’UE. A ce poste, il était en effet responsable des services de police et de sécurité et coordonnait le travail des gouverneurs de province – entités qui ont interdit ou réprimé des manifestations de l’opposition, emprisonné des activistes et des opposants, fermé des médias, entravé la liberté de mouvement de dirigeants d’opposition. A la veille des protestations du 19 septembre contre la non-organisation de l’élection présidentielle, il avait interdit toute manifestation.

Il est également impliqué dans les entraves à l’action des ONG de défense des droits de l’homme et des mouvements pro-démocratie.  Le 3 novembre 2016, il a ordonné aux 26 gouverneurs de province d’interdire toute activité des mouvements de jeunes Filimbi et Lucha sous le prétexte qu’ils n’étaient pas des groupes enregistrés; la loi congolaise n’exige pas cet enregistrement pour se réunir paciquement.

Par ailleurs il a joué un rôle dans la crise au Kasaï (dont il est originaire) en ne nommant pas le chef traditionnel Kamwina Nsapu et a supervisé l’opération qui l’a tué. Sa décision unilatérale de nommer plus de 150 nouveaux chefs coutumiers à sa botte est à l’origine de la crise. Bien qu’il ne joue plus de rôle officiel, il est resté influent dans l’organisation de la répression, estime l’UE.

En décembre 2016, il faisait partie des personnalités congolaises sanctionnées par les Etats-Unis pour violations des droits de l’homme et entraves à la démocratie.

  1. GEDEON KYUNGU

Condamné en 2009 pour des crimes commis à la tête d’une milice armée entre 2002 et 2006 au Katanga, il s’était évadé en 2011 lors d’une attaque de la prison de la Kasapa dont il a été beaucoup dit qu’elle avait été organisée par des autorités congolaises afin de créer des désordres au Katanga. De fait, “Gédéon”, comme il est connu localement, a repris ses activités de terreur meurtrière dans le centre du Katanga. En octobre 2016, il s’est rendu avec une centaine de combattants -porteur d’un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila – mais, au lieu d’être arrêté pour ses crimes, il a été reçu par une cérémonie festive. De source européenne, plusieurs camions de ses combattants ont été amenés à l’aéroport de Lubumbashi la nuit du 21 au 22 mars et emmenés à Kananga au Kasaï. Selon les informations révélées par La Libre Belgique, une partie de ses comabbattns, officiellement démobilisés, ont été remobilisés par l’armée congolaise pour combattre au Kasaï.

  1. ALEX KANDE

Le gouverneur du Kasaï-central est à l’origine du soulèvement paysan au Kasaï par son refus – contraire à la loi – de reconnaître la désignation rituelle du nouveau chef des Bajila-Kasanga, le Kamwina Nsapu, en 2016, afin de lui préférer un homme à la botte des autorités politiques. Il est aussi responsable de la répression de la révolte des partisans du vrai Kamwina Nsapu, qui a enclenché la contagion de l’insurrection sur plusieurs provinces.

  1. JEAN-CLAUDE KAZEMBE

Gouverneur du Haut-Katanga jusqu’au 18 avril dernier, quand il a été destitué par son assemblée provinciale (il a été rétabli dans ses fonctions par la Cour constitutionelle ce vendredi 26 mai), il avait interdit toutes les manifestations au Katanga en septembre 2015 puis à nouveau en septembre 2016 et après. Il est aussi impliqué dans les procès intentés à l’ex-gouverneur du Katanga unitaire, devenu opposant, Moïse Katumbi, en juin 2016, notamment par des pressions sur les juges pour qu’ils le condamnent.

  1. LAMBERT MENDE

Seule personne a être au gouvernement depuis 2007, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement est considéré par les ambassadeurs des 28 comme responsable de la répression contre les médias (arrestation de journalistes, fermeture de médias, coupure du signal de Radio France Internationale à Kinshasa jusqu’à aujourd’hui, perturbation de celui de l’émetteur onusien Radio Okapi). M. Mende est aussi jugé responsable de la non application de la réouverture de médias d’opposition prévue par l’Accord de la Saint-Sylvestre; une demi-douzaine restent fermés depuis décembre 2016. Le 7 avril 2017, il a été filmé, durant une interview avec le Forum des As, encourageant des journalistes à accuser la chercheuse Ida Sawyer, de Human Rights Watch (expulsée du pays depuis janvier 2017), d’être responsable de la mort de deux membres du Groupe d’experts de l’Onu assassinés au Kasaï en mars.

  1. GENERAL MUHINDO AKILI, dit MUNDOS

Cet ancien commandant de l’opération Sukola 1 à Beni, impliqué dans de nombreuses violations des droits de l’homme, a été accusé en mai 2016 par le Groupe d’experts de l’Onu d’avoir recruté, financé et armé des rebelles ougandais ADF afin qu’ils tuent des civils dans la région de Béni à partir de 2014. Il est aussi impliqué dans le trafic de grumes au Kivu.

  1. GENERAL  ERIC RUHORIMBERE

Dit “Tango Two”, il est commandant adjoint de la 21ème région militaire, celle de Mbuji Mayi (Kasaï oriental) depuis septembre 2014 et accusé de nombreux crimes, violences sexuelles et torture contre des civils à Kananga et Tshimbulu, épicentre du soulèvement “Kamwina Nsapu”, où il supervise les opérations militaires. En 2004, il avait participé à la mutinerie de Jules Mutebusi, au Kivu; arrêté en 2005, il avait été libéré en 2009 à la suite d’accords entre le gouvernement et les rebelles tutsis du CNDP.

  1. EMMANUEL RAMAZANI SHADARI

Ministre de l’Intérieur depuis décembre 2016, il est responsable, comme son prédécesseur Boshab, de la police, des services de sécurité et de la coordination entre gouverneurs de province – et porte donc une responsabilité dans les nombreuses arrestations d’activistes et opposants; dans la violente répression au Kasaï;  et contre la secte politico-mystique Bundu dia Kongo au Kongo-central et à Kinshasa en janvier, février et mars 2017. Il est aussi considéré comme responsable de l’obstruction à la mise en oeuvre des mesures de “décrispation” prévues par l’Accord de la Saint-Sylvestre, “priorité” du Conseil de sécurité de l’Onu.

  1. KALEV MUTOND

Administrateur générale de l’Agence nationale du Renseignement (ANR), il est ilmpliqué dans l’arrestation arbitraire et la détention de membres de l’opposition, de militants de la société civile et d’autres personnes, ainsi que dans les mauvais traitements qui leur ont été infligés. Il a, par conséquent, porté atteinte à l’Etat de droit. Il a aussi fait obstacle à une solution consensuelle et pacifique en vue de la tenue des élections. Il a planifié ou dirigé des actes qui constituent de graves violations des droits de l’homme.

Comme Evariste Boshab, Kalev Mutond faisait déjà l’objet de sanctions américaines depuis le 12 décembre 2016.

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