RDC: Kasaï: les experts de l’Onu s’inquiètent de l’ « impunité » et de la milice Bana Mura

RDC: Kasaï: les experts de l’Onu s’inquiètent de l’ « impunité » et de la milice Bana Mura

Par Marie-France Cros.

Les experts de l’Onu chargés d’enquêter sur la situation au Kasaï, ensanglanté par la révolte des Kamwina Nsapu et sa répression en 2016-2017, ont présenté mardi leur rapport au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu, à Genève. Ils y ontexprimé leur inquiétude devant l’ »impunité » des criminels qui ont tué 3400 personnes au moins durant cette crise et provoqué la fuite de 1,4 million d’autres. Ils ont aussi dénoncé la persistance de pratiques « esclavagiste » de la part de la milice Bana Mura, qui avait été suscitée par les autorités congolaises pour combattre les Kamwina Nsapu.

La mort, en août 2016, d’un roi local, le Kamwina Nsapu, tué par les autorités congolaises qui avaient ensuite profané sa dépouille, considérée comme sacrée par la population, avait fait exploser une colère jusque-là larvée contre l’Etatcentral, qui a toujours laissé le Kasaï à l’abandon.

La crise de 2016-2017 a vu, écrivait dans un rapport, en décembre 2017, la FIDH (Fédération internationale des ligues de défense des droits de l’Homme), des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis par les Kamwina Nsapu mais aussi, et « principalement par les agents de l’Etat et la milice Bana Mura », appuyée par des militaires et policiers congolais. Les Kamwina Nsapu recrutaient principalement chez les Lubas et Luluas; les Bana Mura chez les Tshokwés, Pendes et Tetelas.

Des progrès menacés par l’impunité

La proclamation de Félix Tshisekedi – dont la famille est originaire du Kasaï – comme Président de la République, en janvier dernier, avait poussé plusieurs centaines de miliciens Kamwina Nsapu à rendre les armes, avec la conviction qu’unPrésident kasaïen allait enfin régler les problèmes de la région.

Mais s’il y a des progrès, ont indiqué les experts de l’Onu à Genève, ils doivent être « consolidés par une lutte sans concession contre l’impunité ». Jusqu’ici, un seul procès a eu lieu au Congo: celui des assassins présumés de deux experts de l’Onu venus enquêter sur le conflit, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, et de leurs accompagnateurs congolais, tués le 12 mars 2017 par des membres présumés de Kamwina Nsapu qui auraient été manipulés par des agents de l’Etat congolais.

Esclavage

Les experts soulignent qu’avec le passage du temps, la disponibilité et la qualité des preuves diminue. Le manque de sécurité dans certaines zones, le manque de moyens de la justice militaire congolaise et, dans certains cas, « la hiérarchiemilitaire », entravent les enquêtes congolaises. Celles-ci, en outre, sont, de manière écrasante, consacrées aux crimes imputés aux Kamwina Nsapu, pas à ceux attribués aux militaires congolais ou aux Bana Mura.

Les experts onusiens ont en outre alerté sur le fait que les miliciens Bana Mura détenaient toujours des femmes et des enfants réduits « en esclavage » et soumis à des violences sexuelles et des travaux forcés dans « des fermes ». Ils ont demandéleur « libération immédiate ».

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