RDCongo: l’élection au Sankuru reportée in extremis

RDCongo: l’élection au Sankuru reportée in extremis

Par Marie-France Cros.

Peu d’élections de gouverneur par l’assemblée provinciale auront suscité autant d’attention que celle du Sankuru (centre de la RDC) qui devait avoir lieu ce mercredi 10 juillet mais a une nouvelle fois été reportée, in extremis. Guillaume Chartrain, chargé d’affaires de l’UE à Kinshasa, a tweeté mercredi : « Encore une fois, les élections au Sankuru sont annulées. Encore une fois Lambert Mende fait obstacle à la tenue d’élections et justifie les sanctions imposées à son égard par l’UE. Nous serons vigilants quant aux décisions prises suite à ce nouveau déni de démocratie locale ».

Cette élection, qui a donné lieu à un nombre inusité de rebondissements et reports, met en scène, principalement, Lambert Mende (FCC, coalition kabiliste), le ministre ayant la plus grande longévité dans les gouvernements de Joseph Kabila, le plus souvent à la Communication.

Dès février, Henri Mova, envoyé en éclaireur par le parti de Joseph Kabila, le PPRD, désamorcer les tensions au Sankuru, avait souligné les risques d’embrasement de la province autour de la rivalité entre Lambert Mende et un inconnu en politique, Stéphane Mukumadi.

Un candidat unique…

Dans les semaines qui suivent, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni, notoirement fidèle à Joseph Kabila), invalide la candidature du challenger au motif qu’il détiendrait la nationalité française, ce qui le prive automatiquement de sa nationalité congolaise. Voilà Mende candidat unique au poste qu’il convoite, une situation qui provoque des manifestations de protestation dans la province.

La position de la Ceni est confirmée par la Cour d’appel de Lusambo, capitale du Sankuru, mais… cassée par le Conseil d’Etat, immédiatement canardé par le Conseil supérieur de la Magistrature (qui déclare cet arrêt « inexistant », donc non applicable), bien que celui-ci n’ait pas voix au chapitre. Le Conseil supérieur de la Magistrature est aussitôt prié de s’occuper de ses affaires par le Conseil d’Etat.

 https://afrique.lalibre.be/35101/rdc-difficile-reconversion-pour-lambert-mende-lex-voix-du-regime-kabila/

… Ou deux candidats?

Revoilà deux candidats et les partisans de Mende, au Sankuru, se livrent à des violences. Le vote, prévu le 10, puis le 13 avril, est reporté au 15 mais, le 14, le président Félix Tshisekedi le suspend et rappelle à Kinshasa Lambert Mende, qui déclare urbi et orbi que si le chef d’Etat lui demande de se retirer, il ne cèdera pas.

Au Sankuru, le report du vote est accueilli dans la liesse populaire. Le 15, quatre incendies volontaires et presque simultanés visent des personnes et des biens du diocèse de Tshumbe, dont l’évêque a appuyé les protestations contre une candidature unique au poste de gouverneur. Le ministre intérimaire de l’Intérieur, Basile Olongo – originaire du Sankuru – prend position contre Mende et assure que 17 des 25 députés provinciaux sont contre l’ex-ministre.

 https://afrique.lalibre.be/35364/rdc-election-du-gouverneur-du-sankuru-quatre-attaques-contre-leglise/

Un diamant de 87 carats

Le 19 mai, Lambert Mende est interpellé brutalement par la police à Kinshasa et Basile Olongo l’accuse de détention illégale d’un diamant de 87 carats appartenant à des creuseurs artisanaux, alors qu’il n’a pas la carte de négociant qui l’autoriserait à le vendre. Alors que les réseaux sociaux ricanent à plaisir, la nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, la PPRD Jeanine Mabunda, demande des sanctions contre les policiers qui ont interpellé un député sans souci de son immunité. Une ONG demande l’ouverture d’une enquête sur l’affaire. Et Mende produit un certificat assurant que le diamant saisi chez lui n’en est pas un; il n’est donc pas susceptible d’être poursuivi.

https://afrique.lalibre.be/36806/rdcongo-le-diamant-trouve-chez-lambert-mende-nen-est-pas-un/

Fin juin, la Ceni annonce les deux candidatures et Mende proclame qu’il va saisir la Cour constitutionnelle.

Corruption inégalée

Les élections provinciales dans leur ensemble ont été marquées par une corruption inégalée, qui a suscité l’indignation dans un pays qui en a pourtant vu de belles en la matière. Quelque 80% des gouverneurs sont kabilistes bien que cette tendance politique ait été clairement rejetée lors des élections du 30 décembre 2018.

Est cependant maintenue pour ce 10 juillet l’élection indirecte du gouverneur du Sud-Ubangi (Gemena, ex-Equateur) où le gouverneur sortant (nommé par Joseph Kabila), Joachim Taila Nage – ex-PPRD se présentant comme « indépendant » – avait été élu lors d’un scrutin qui a été annulé. Le Conseil d’Etat a réhabilité sa candidature.

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