RDC: Bosco Ntaganda déclaré coupable par la CPI, pour la guerre Hema-Lendu en Ituri

RDC: Bosco Ntaganda déclaré coupable  par la CPI, pour la guerre Hema-Lendu en Ituri

Par Marie-France Cros.

La Cour pénale internationale (CPI) a rendu lundi son jugement sur le seigneur de guerre congolais Bosco Ntaganda, 45 ans, pour des crimes de guerre et contre l’humanité commis en Ituri (ex-Province orientale) en 2002-2003, bien qu’il se soit surtout fait connaître au public international par son rôle au Kivu, dans les années qui suivirent. Il était détenu depuis 2013, après s’être constitué prisonnier à l’ambassade des États-Unis au Rwanda, alors qu’il était en fuite après sa défaite militaire face aux troupes coalisées de l’armée congolaise et de l’Onu, au Nord-Kivu, après la rébellion du M23, qu’il dirigeait.

Son procès a débuté en 2015. Lundi, la Chambre VI de la CPI l’a jugé “coupable, au-delà de tout doute raisonnable”, de 18 chefs de crimes de guerre (13) et crimes contre l’humanité (5) en Ituri, entre le 6 août 2002 et le 31 décembre 2003.

Selon la CPI, Bosco Ntaganda, né au Rwanda, a appliqué une “stratégie préconçue visant la population civile”. “Bien que les éléments de preuve n’aient pas étayé tous les incidents signalés par le procureur, ils ont néanmoins démontré que, pour chacun des 18 chefs d’accusation, au moins une partie des charges étaient prouvées au-delà de tout doute raisonnable”, indique le communiqué de presse de la CPI. Selon les juges, le seigneur de guerre était “directement responsable d’une partie de trois”des chefs d’accusation et “auteur indirect” du reste.

Plus de faits poursuivis

Bosco Ntaganda avait succédé à la tête des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC, une milice d’ethnie héma) au fondateur de cette milice, Thomas Lubanga, premier accusé (2006) et condamné (2012) de la CPI, qui lui infligea 14 ans de détention ; il devrait donc être libéré en 2020. Le procureur de la CPI avait cependant délibérément décidé de limiter ses accusations contre Lubanga au recrutement d’enfants-soldats, une stratégie qui a été critiquée.

Bosco Ntaganda, en revanche, était poursuivi pour des faits d’attaque délibérée de civils, meurtre, viol et esclavage sexuel, déplacement forcé de population, enrôlement d’enfants-soldats, pillage.

Relancer la guerre Hema-Lendu

Les deux condamnés l’ont été pour leur rôle dans la guerre pour la terre entre Hémas et Lendus, récurrente depuis le début du XXe siècle. Cette seconde condamnation survient alors que des forces non identifiées tentent de rallumer la guerre entre les deux groupes en Ituri, où l’on déplore 300 000 déplacés.

De jeunes Lendus détenteurs d’armes lourdes lancent des attaques au nom d’un groupe appelé Codeco (“Coopérative pour le développement du Congo”) ou “Ngudjolo” – vraisemblablement du nom de Mathieu Ngudjolo, un Lendu, ex-colonel de l’armée devenu le commandant de deux milices lendues, le FNI et le FRPI ; il avait été acquitté par la CPI en 2012 faute de preuve mais est toujours en cours de jugement au Congo. Ces “Ngudjolos” attaquent des civils de diverses ethnies, dont des Hémas et leurs alliés Alurs. Jusqu’ici les Hémas n’ont pas répliqué contre des civils lendus.

Mutinerie

Entre 2007 et 2012, Bosco Ntaganda – officier charismatique qui avait combattu pour le Front patriotique rwandais de Paul Kagame – avait été “récupéré” par l’armée congolaise qui en avait fait son “numéro deux” au Kivu malgré le mandatd’arrêt international de la CPI. Il avait pris le maquis après la condamnation de Lubanga, en mars 2012, craignant d’être livré à la CPI. Jusqu’à la défaite et la reddition, en mars 2013, de celui qui assure: “Je suis un révolutionnaire, pas un criminel”.

La Chambre doit encore déterminer la peine de Bosco Ntaganda, qui a un mois pour faire appel de ce verdict de culpabilité.

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