RDCongo: une gouvernance toxique

RDCongo: une gouvernance toxique

Commentaire par Marie-France Cros.

Après l’UDPS (tshisekediste), après Lamuka (opposition), est-ce au tour du FCC (kabiliste) de se fissurer?

Partiellement, mais seul l’avenir pourra dire la profondeur de cette fissure. Pour l’instant, le regroupement de partis FCC (91 sénateurs sur 108) semble faire bloc contre un de ses membres, Modeste Bahati, qui a posé sa candidature à la présidence du sénat bien que « l’autorité morale » de la coalition, Joseph Kabila, ait porté son choix sur Alexis Thambwe Mwamba, qui fait l’objet de plaintes en Belgique et aux Etats-Unis. Du coup, c’est surtout l’AFDC-A, le parti de Modeste Bahati, qui se fissure, 14 de ses « élus et cadres » ayant pris la plume pour soutenir publiquement Thambwe au lieu de leur président, au nom de la « discipline ».

Cette fissure survient après celles observées à l’UDPS, dont on ne compte plus les courants qui ont déserté les rangs des fidèles aux Tshisekedi. Sont venus s’y ajouter cette année de nouveaux remous, lorsque les militants de base se sont aperçus que s’ils avaient obtenu la Présidence de la République, on ne leur laissait que la portion congrue dans les assemblées.

Elle survient après celles qui déchirent la coalition d’opposition Lamuka, où les défections se multiplient au profit du président Tshisekedi depuis que celui-ci a été investi chef de l’Etat grâce à un accord avec le Président sortant Joseph Kabila.

Si les rancoeurs sont pires à l’UDPS et à Lamuka qu’au FCC, c’est parce que les deux premiers ont moins de postes à fournir que la formation du « Président honoraire », principal vainqueur du méli-mélo électoral congolais dont la Commission électorale nationale indépendante, fidèle à Joseph Kabila, n’a toujours pas produit les résultats dans le détail, comme elle y est tenue légalement.

Mais si la défaite – et la rareté des postes à pourvoir qu’elle entraîne – a cet effet corrosif sur l’UDPS et Lamuka, et si l’appétit insatiable de positions fissure le FCC, c’est que ces trois formations sont plus « ventriotes » que patriotes. Elles ne sont pas ou guère menées par des choix idéologiques: elles se regroupent derrière un homme ou s’unissent contre un autre.

Au Congo, quand un politicien en vue quitte sa formation, ce n’est jamais pour en rejoindre une autre; c’est pour créer la sienne, parce qu’il se sent l’envergure de créer son entreprise/parti. Des « militants » le suivent parce qu’ils sont son parent ou son frère de tribu voire – si son audience est grande – originaires de la même région que lui. S’il ne peut obtenir aucune « retombée » matérielle pour eux, les voilà prêts à se ranger derrière une autre personnalité. Et ces chefs passent leurs journées à concocter des plans de bataille pour acquérir plus de postes. Après la lutte pour le pouvoir vient celle pour l’élargir, puis celle pour le conserver. Le Congo et son développement ne sont jamais à l’agenda, seulement dans les discours.

Au total, on sait que Thambwé sera élu président du sénat. Le PPRD, principale formation du FCC, monopolisera ainsi la présidence du sénat – deuxième poste de la République, dont le détenteur remplace de chef de l’Etat en cas de défaillance de celui-ci -, la présidence de l’Assemblée nationale (Jeanine Mabunda), et la tête du gouvernement (Sylvestre Ilunga), alors que ce parti est notoirement honni des électeurs congolais. Ceux-ci ont largement voté pour l’alternance le 30 décembre 2018..

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