Soudan: accord sur une transition: avec quelles garanties?

Soudan: accord sur une transition: avec quelles garanties?

Par Marie-France Cros.

Des centaines de personnes sont descendues dans les rues de Khartoum et Omdurman, vendredi matin, pour donner libre cours à leur joie, après l’annonce d’un accord entre la junte militaire au pouvoir et l’Alliance pour la liberté et le changement, fer de lance de la contestation qui avait commencé le 19 décembre dernier.

C’est ce jour-là que le prix du pain avait triplé, sur décision du gouvernement du général Omar el-Béchir, 75 ans, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire, en 1989, contre le gouvernement élu de Sadiq al-Mahdi. Petit à petit, la protestation contre le coût de la vie s’était élargie à une remise en cause du régime militaire islamiste. Le 11 avril, les protestataires semblent si forts que l’armée destitue el-Béchir et nomme un de ses compagnons d’armes à sa place.

Une centaine de morts le 3 juin

La rue ne se laisse pas prendre et obtient, par la poursuite de ses manifestations, l’effacement de ce premier remplaçant. Alors que les Soudanais sont de plus en plus nombreux à exiger “un gouvernement civil”, la junte militaire négocieavec les représentants des protestataires, mais refuse de lâcher le gouvernement.

Le 20 mai, les négociations sont rompues. Un appel à la désobéissance civile et un nouveau sit-in massif devant le siège de l’armée à Khartoum, le 3 juin, est dispersé par la force: les militaires tirent à balles réelles, poursuivant lesmanifestants dans toute la ville. On déplorera une centaine de morts.

Une trentaine d’autres se sont ajoutés à ce bilan quand, mercredi dernier, une médiation de l’Ethiopie et de l’Union africaine parvient à obtenir la reprise des discussions. l’Alliance pour la liberté et le changement accepte, à condition que les pourparlers ne dépassent pas trois jours.

Trois ans de transition

Il en aura finalement fallu moins puisque ce vendredi à l’aube était annoncé un accord entre les deux parties. Il repose sur le plan proposé par les médiateurs, qui prévoit une transtion de trois ans, dirigée par un Conseil souverain. Celui-ci sera présidé durant les 18 premiers mois par un militaire, ensuite par un civil.

Ce Conseil sera composé de six civils, dont cinq issus de l’Alliance pour la liberté et le changement, et cinq militaires. Lorsqu’il sera installé, ainsi qu’un gouvernement civil, un Conseil législatif (parlement de transition) sera mis en place.

Les deux parties se sont aussi accordées sur une enquête à propos de la répression violente du sit-in du 3 juin. L’Alliance pour la liberté et le changement la voulait “internationale et indépendante”; la junte refusait, ayant déjà mis en place un comité d’enquête militaire. L’enquête sera finalement “transparente, nationale et indépendante”. En outre, « tous les prisonniers politiques » devraient être libérés; jeudi, 235 rebelles du Darfour l’ont été.

Rien n’est dit, cependant, sur les garanties de l’accord. Que se passera-t-il si, dans 18 mois, l’armée ne veut pas remettre la présidence du Conseil souverain à un civil? La population, démobilisée, appuiera-t-elle encore les revendications de l’Alliance pour la liberté et le changement, une fois celle-ci impliquée dans la gestion quotidienne des affaires – dans un pays où l’armée à ses relais partout – donc dépouillée de la part de rêve qui accompagne toute révolution?

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