Kolwezi : escalade de la violence. Les creuseurs annoncent « la guerre »

Kolwezi : escalade de la violence. Les creuseurs annoncent « la guerre »

Ce jeudi 4 juillet, de nouveaux affrontements ont opposé creuseurs artisanaux et forces de l’ordre à Kolwezi, capitale de la province du Lualaba (issue du démembrement du Katanga).

« Il n’y a pas de bilan officiel ,mais il y aurait au moins deux morts », explique un témoin qui dit avoir vu « plusieurs corps emmenés vers l’hôpital ».

Une fois encore, tout a commencé par l’absence de réponse aux demandes des creseurs artisanaux dont beaucoup ont été privés de travail. « Nous avions mis à la disposition des creuseurs des carrés miniers qui n’étaient pas exploités par les grands groupes miniers. Avec le gouverneur de l’époque, Moïse Katumbi, nous avions pris contact avec les miniers et avec le ministre du gouvernement central M. Kabwelulu, responsable de ce secteur. Tout a été fait dans les règles.  Certains carrés continuent d’être exploités aujourd’hui par ces creuseurs. Tout le monde s’y retrouvait. Les miniers n’étaient plus importunés par les creuseurs, ceux-ci avaient un endroit pour travailler et ils revendaient, après s’être constitués en corporation, leur production au propriétaire des mines », explique l’ancienne maire de Kolwezi, Madame Charlotte Cime Jinga, souvent surnommé Maman Océan.

Comme certains représentants d’ONG présentes dans l’ex-Katanga, la maire honoraire déplore le fait que la plupart des carrés miniers mis à la disposition des creuseurs  leur aient été repris « par le pouvoir provincial actuel ».

« Ils n’ont plus d’endroits où aller, ils se rabattent donc sur les mines exploitées par les groupes miniers. C’est un désastre économique pour ces groupes, pour l’Etat aussi qui ne perçoit plus rien et pour les creuseurs qui se retrouvent à exploiter clandestinement des mines où ils ne sont pas les bienvenus », poursuit la dame, souvent pointée du doigt par le pouvoir provincial pour son éventuel soutien aux creuseurs. « Je connais beaucoup d’entre eux. Ils me connaissent. Je pense qu’ils savent que nous avons fait du bon travail pour et avec eux. Mais ça s’arrête là, je ne vais pas les pousser à la révolte. Personne n’a rien à gagner dans la violence.« 

RDC : Nouveau drame mortel dans les mines de Kolwezi (Vidéo)

Ce jeudi 4 juillet, une semaine après le drame de la mine de Kov dont on a déjà retiré une septantaine de corps et où plus de 40 personnes sont toujours portées disparues, les creuseurs devaient quitter les lieux. « Mais pour aller où? », interroge un des creuseurs. Sans réponse, la colère est rapidement montée, un magasin d’électro-ménagers de Kolwezi, Liberty Ma maison, a été pillé. « Après avoir mis de côté les biens pillés, les creuseurs sont partis en direction de la villa du gouverneur Muyej dont le voisin n’est autre que le ministre provincial des mines Jean-Marie Tshizainga. Le gouverneur, qui a revu les postes attribués à ses ministres n’a pas touché au portefeuille de Tshizainga. ces deux-là sont devenus la cible des creuseurs. Une pluie de pierres s’est abattue sur les demeures avant que les creuseurs ne mettent le cap vers le siège du gouvernorat, là, les militaires ont tiré à balle réelle. Plusieurs manifestants ont été touchés. Deux seraient morts, selon plusieurs témoignages« , explique un député provincial.

Si le gouverneur et son ministre des mines sont pointés du doigt, c’est notamment pour ne pas avoir investi dans des endroits pour les creuseurs artisanaux. « Les grands groupes miniers sont fatigués de cette situation qui leur coûte beaucoup d’argent », explique un expatrié au « chômage technique ou presque, vu la situation ».  « Tout le monde sait, même  à Kinshasa, que KCC a pris un accord avec le gouvernement du Lualaba. Celui-ci devait mettre des carrés miniers à la disposition des creuseurs. KCC a payé une belle somme d’argent pour ce deal qui ne s’est jamais concrétisé depuis le mois d’octobre 2018. Comme les élections approchaient et que rien n’avait été fait, le gouverneur a fait de grandes promesses en décembre. Il a été suffisamment convaincant pour pouvoir rempiler mais rien n’a été fait. »

« Que du contraire », explique un professionnel congolais du secteur. « De nouveaux dépôts pour ces minerais ont vu le jour. Des comptoirs d’achats. Pour les faire tourner, il faut des creuseurs, comme ceux-ci n’ont plus d’espace de travail, ils sont incités par les propriétaires de ces dépôts à aller gratter dans les installations des groupes miniers voire, carrément, d’aller voler dans les dépôts de des miniers. A côté des creuseurs, il y a aujourd’hui des voleurs professionnels et parmi les acheteurs, il y a la famille du pouvoir en place à la province et celle, désormais, du pouvoir nommé à Kinshasa, toutes collaborent des Chinois, des indiens ou des Libanais. »

La pression est énorme. « Parmi les creuseurs, sociologiquement, vous trouvez de tout, des shegués (enfants des rues), des diplômés, des anciens gardes de sécurité, des fils d’agents de sécurité aussi. C’est ce qui explique notamment qu’il est difficile pour la police de Kolwezi de s’en prendre à ces creuseurs. Vous ne pouvez pas demander à un policier de tirer sur son fils », explique le député provincial.

« Si vous vous lancez dans l’agriculture, il faut six mois pour récolter le fruit de son travail. Ici, c ‘est immédiat ou presque. Tous les jours, vu la situation économique catastrophique du pays, de nouveaux creuseurs arrivent. Ils viennent de partout, même de Kinshasa. Dans les personnes qui sont mortes la semaine dernière à Kov, il y avait beaucoup de Kasaïens, notamment », explique l’ex-maire pour qui une solution est encore possible. « Il faut rendre les carrés qui ont été spoliés et il faut que les dollars de KCC soient investis aussi. Il y a une solution, elle est même relativement simple, il faut juste voir un peu plus loin que son propre intérêt personnel immédiat ».

Dans les rangs des creuseurs, beaucoup ruminent leur colère. « Ils sont traités comme des moins que rien et voient des fortunes se constituer rapidement autour d’eux. C’est insupportable pour eux. A côté des cibles congolaises, les communautés chinoise, libanaise et indienne sont aussi au centre des critiques. C’es très dangereux. Certains ont annoncé ce jeudi qu’ils reviendraient demain (vendredi) pour faire la guerre. Ce ne sont pas des militaires, mais ce sont parfois, souvent, des personnes qui n’ont pas grand-chose à perdre et, surtout, ils ne voient aucune piste de solution s’esquisser pour eux », explique l’expatrié qui ne cache pas sa crainte « d’une vraie explosion de violence s’il n’y a pas des pistes de solution qui sont proposées très rapidement. »

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